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Ethiopie: Conflit d’ampleur nationale

International
Les atrocités perpétrées comprennent, entre autres,   le déplacement forcé et la détention arbitraire Les atrocités perpétrées comprennent, entre autres, le déplacement forcé et la détention arbitraire

La Commission internationale sur les droits de l'homme sur l'Éthiopie a rendu public son second rapport sur la situation de l’Etat situé dans la Corne de l’Afrique. Elle constate que malgré un Accord passé à Pretoria en 2022, entre le gouvernement fédéral et le Front de libération du Peuple du Tigré pour mettre fin aux hostilités dans le pays, des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité continuent d'être commis par toutes les parties en présence. Selon les experts, les atrocités perpétrées comprennent des massacres de masse, des viols, la famine, la destruction d'écoles et d'installations médicales, le déplacement forcé et la détention arbitraire. Le document sera présenté durant la 54e Session du Conseil des droits de l’homme, le 21 septembre, à Genève (Suisse).


Par   Catherine Fiankan-Bokonga, Correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse), le 19 sept. 2023 à 08h23 Durée 3 min.
#Ethiopie #Conflit d’ampleur nationale
Dans son rapport de 21 pages, les trois experts, membres de la Commission, ont documenté de vastes atrocités perpétrées par toutes les parties au conflit depuis le 3 novembre 2020. Le Président de la Commission, le Tanzanien Mohamed Chande Othman a déclaré lors d’un point de presse, à Genève, que « si la signature de l'Accord a peut-être en grande partie fait taire les armes, elle n'a pas résolu le conflit dans le nord du pays, en particulier dans le Tigré, ni n'a abouti à une paix globale ».
En décembre 2021, le Conseil des droits de l'homme a établi la Commission internationale d'experts en droits de l'homme sur l'Éthiopie avec pour mandat de mener une enquête approfondie et impartiale sur les allégations de violations et d'abus du droit international des droits de l'homme, ainsi que les violations du droit international humanitaire et du droit international des réfugiés en Éthiopie, commis depuis le 3 novembre 2020 par toutes les parties au conflit. Son mandat comprend la collecte et la préservation de preuves, afin de soutenir les efforts en matière de responsabilité, ainsi que l'intégration d'une perspective de genre et d'une approche centrée sur les survivants dans son travail. 
« Les affrontements violents ont désormais une ampleur quasi nationale, avec des rapports alarmants de violations contre les civils dans la région d'Amhara et de persécutions continues au Tigré », a déclaré le président de la Commission internationale sur les droits de l’homme en Ethiopie, Mohamed Chande Othman. « La situation en Oromia, en Amhara et dans d'autres régions du pays comporte des risques marqués de nouvelles atrocités et de crimes », a-t-il ajouté.
Ce second rapport a confirmé que les troupes érythréennes et les miliciens Amhara continuent de commettre de graves violations au Tigré, notamment le viol systématique et la violence sexuelle à l'encontre des femmes et des filles, en violation des propres engagements du gouvernement fédéral en matière de droits de l'homme et d'intégrité territoriale. L’experte du Sri Lanka, Radhika Coomaraswamy a expliqué qu’il était « particulièrement préoccupant de constater que ces crimes continuent à être commis par les forces érythréennes au Tigré ».

Persistance des violations

La Commission a également mis au jour des schémas persistants de la part des forces gouvernementales en matière d'arrestations, de détentions et de tortures de civils dans la région d’Oromia. Depuis l'annonce de l'état d'urgence le 4 août 2023, elle reçoit de nombreux rapports crédibles sur des violations contre des civils Amhara. Le rapport de la Commission a averti de la persistance de la plupart des indicateurs et déclencheurs contenus dans le « Cadre d'analyse des crimes atroces » des Nations Unies. Les experts ont souligné le risque que de nouvelles atrocités soient commises à grande échelle. Ils ont exprimé leur profonde inquiétude quant à la persistance de nombreux facteurs qui laissent penser que de futurs crimes pourraient être commis en Éthiopie.
Selon le rapport, la présence des forces érythréennes sur le territoire de l'Éthiopie depuis le début des combats en novembre 2020 a considérablement exacerbé le conflit dans le Tigré et l'ampleur ainsi que l'intensité des violations. Plusieurs témoins ont confirmé que les troupes des Forces de défense nationale éthiopiennes (Endf) et des Forces de défense érythréennes (Edf) ont mené des opérations conjointes sur le terrain, arrivant souvent simultanément dans les villes et les villages. Des informations crédibles ont également indiqué que certaines attaques aériennes au Tigré ont été lancées depuis le territoire érythréen. De multiples victimes et témoins ont identifié les forces érythréennes comme étant responsables de certaines des violations les plus graves au Tigré. La juriste du Sri Lanka, Coomaraswamy, a déclaré que « les atrocités ont dévasté des communautés et ont sérieusement érodé le tissu social ».
 « La justice transitionnelle vise à aider les pays à faire face aux atrocités passées, mais notre interaction avec des centaines de victimes, de leurs familles et de leurs représentants indique un manque complet de confiance dans la capacité ou la volonté des institutions étatiques éthiopiennes à mener un processus crédible - en particulier parce que les responsables et les entités de l'État sont polarisés et manquent d'indépendance », a déclaré l’expert américain Steven Ratner. Le rapport note que le gouvernement d'Éthiopie n'a pas réussi à prévenir efficacement ou à enquêter sur les violations. Plus tôt cette année, son projet nommé « Options politiques pour la justice transitionnelle en Éthiopie » a été lancé permettant une série de consultations sur un éventuel processus national de justice transitionnelle. La Commission a cependant constaté que le processus a été précipité pour répondre à une échéance fixée par le gouvernement. Les victimes dans de nombreuses régions, y compris les réfugiés éthiopiens vivant dans les pays voisins n’ont pas été suffisamment impliqués. « Le besoin d'un processus crédible, inclusif et significatif de vérité, de justice, de réconciliation et de guérison n'a jamais été aussi urgent », a complété l’experte sri lankaise.
Enquête internationale nécessaire

Les experts ont noté que le gouvernement tentait d’échapper à une enquête internationale en créant des mécanismes nationaux. En août, l'Éthiopie a annoncé un état d'urgence de six mois, qui a établi un système de « postes de commandement » militarisés dans la région d'Amhara, avec plusieurs centres urbains de la région désormais sous couvre-feu. Une recrudescence des affrontements entre l’armée éthiopienne et la milice régionale Fano avait été constatée par l’Onu. Depuis lors, la Commission reçoit des rapports de détentions arbitraires massives de civils Amhara et d'au moins une frappe de drone menée par l'État. Cette militarisation accrue conduite par l’Etat inquiète les membres de la Commission car elle est souvent accompagnée de violations graves. Steven Ratner a souligné « l'importance d'une surveillance indépendante et la mise en place d'enquêtes ». Le Haut-Commissariat aux droits de l’homme rappelle régulièrement que « toutes les violations des droits de l’homme et toutes les atteintes commises à ces derniers dans les différentes régions d’Éthiopie doivent faire l’objet d’une enquête rapide, impartiale et efficace, et les responsables doivent être amenés à rendre des comptes ».