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Plus de 100 000 Yéménites ont été récemment déplacés avec l’intensification des combats, aggravant une crise humanitaire qui affecte déjà plus de 22 millions de personnes. Les Nations unies alertent sur l’épuisement des stocks d’aide, les restrictions croissantes de l’accès humanitaire et la dégradation des services de santé. Débordant désormais les frontières, le conflit met aussi à rude épreuve les capacités d’accueil de Djibouti.
Après 12 années de guerre, les populations civiles au Yémen sont une nouvelle fois prises dans la spirale des violences, notamment sur la côte ouest et dans le sud de Taëz. De nombreuses familles ont dû abandonner leur domicile avec presque rien, certaines pour la deuxième ou troisième fois depuis le début du conflit. Routes impraticables, communications perturbées et pénuries de carburant compliquent leur fuite et l’acheminement de l’aide. Pour les organisations humanitaires, la priorité est désormais de mettre les personnes déplacées à l’abri, de garantir leur accès aux soins et de maintenir les services essentiels alors que les capacités disponibles diminuent rapidement.
Pour Abdusattor Esoev, chef de mission de l’Organisation internationale pour les migrations (Oim) au Yémen, les familles déplacées font face à un « choix impossible » : rester dans une zone dangereuse ou fuir vers l’inconnu. Certaines ont déjà été déplacées à plusieurs reprises depuis le début du conflit. L’Oim suit les mouvements de population grâce à sa matrice de suivi des déplacements, mais son responsable appelle la communauté internationale à renforcer d’urgence son soutien financier.
Femmes et filles particulièrement vulnérables
Pour les femmes et les filles, l’urgence est particulièrement aiguë. Près de 2 000 femmes enceintes figurent parmi les nouveaux déplacés, dont plus de 200 pourraient accoucher ce mois-ci, selon le Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa). L’insécurité, les routes impraticables et la fermeture de structures médicales compromettent l’accès aux soins obstétricaux et néonatals essentiels. « Lorsqu’une femme ne peut pas atteindre à temps un professionnel qualifié, une urgence qui aurait pu être évitée peut devenir une tragédie », a averti Francesco Galtieri, représentant de l’Unfpa au Yémen. L’agence a apporté une aide d’urgence à plus de 60 000 déplacés dans les 72 heures suivant leur fuite, mais les besoins continuent de dépasser les capacités disponibles.
Le système de santé yéménite, déjà fragilisé par des années de conflit, peine à faire face à la nouvelle escalade. Sur 5 415 structures évaluées par l’Organisation mondiale de la santé (Oms), 60 % seulement fonctionnent pleinement, 35 % partiellement et 4 % sont à l’arrêt. L’afflux de blessés et de personnes déplacées accroît encore la pression sur des établissements confrontés au manque de personnel, de médicaments, d’équipements et de financements. Seuls 6 % disposent d’un service complet de traumatologie.
Nombreuses victimes documentées
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (Hcdh) a recensé 110 victimes depuis le début de l’escalade, dont 28 morts, tout en précisant que le bilan pourrait être plus élevé compte tenu des difficultés d’accès et du manque d’informations. Dans les zones contrôlées par les Houthies, l’action humanitaire est également entravée par la détention de personnels de l’Onu et la prise de contrôle de locaux et de biens de l’organisation. Soixante-treize employés des Nations unies sont toujours détenus, certains depuis 2021, auxquels s’ajoutent cinq anciens employés et des dizaines de collaborateurs d’Ong, d’organisations de la société civile et de missions diplomatiques. L’Onu réclame leur libération immédiate et sans condition, estimant que ces détentions compromettent directement l’accès de millions de Yéménites à une aide vitale.
La crise déborde désormais les frontières du Yémen. Près de 3 000 personnes ont rejoint Djibouti en moins d’une semaine, après avoir traversé la mer sur de petites embarcations. Arrivées par quatre points officiels, certaines personnes ont fui précipitamment les combats et ont été séparées de leurs proches. Le manque de carburant complique encore les départs. Cette nouvelle arrivée accentue la pression sur les communautés d’accueil, déjà confrontées à des capacités limitées en matière d’eau, d’assainissement, de logement et d’éducation. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (Hcr) demande 5,1 millions de dollars pour répondre aux besoins immédiats des nouveaux arrivants à Djibouti et 14 millions supplémentaires pour ses opérations au Yémen.
Le nombre de personnes déplacées par les combats dans le sud-ouest du Yémen a fortement augmenté ces derniers jours