La Nation Bénin...
Entre les histoires entendues et les
vraies interrogations, l’anesthésie reste l’une des étapes les plus redoutées
lors d’une intervention chirurgicale. Que se passe-t-il vraiment une fois le
masque posé ? Quels sont les réels risques et comment sont-ils maîtrisés
aujourd’hui ? Pour faire la lumière sur cette discipline et répondre en toute
transparence aux questions que chacun se pose, nous avons rencontré pour vous
le Dr Sinmawu Didito QUENUM, médecin anesthésiste réanimateur formé au Bénin et
exerçant au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Reims, en France.
Qu’est-ce que l’anesthésie ?
A = privatif et Esthésie = sensation ou
sensibilité, donc privation de la sensibilité. Pour l’OMS : L’anesthésie est un
ensemble de techniques médicales visant à supprimer ou atténuer la douleur et
la sensibilité de façon réversible en vue de la réalisation d’actes
chirurgicaux, obstétricaux ou diagnostiques, en garantissant la sécurité des
patients selon les normes conjointes de l’Organisation mondiale de la santé
(OMS) et de la Fédération mondiale des sociétés d’anesthésiologistes (WFSA).
Cette abolition de la sensibilité peut se faire avec perte de conscience :
anesthésie générale, ou sans perte de connaissance : anesthésie loco-régionale.
Il y a combien de types d’anesthésie ?
Globalement, l’anesthésie se divise en
deux types :
1 - Anesthésie générale
2 - Anesthésie loco-régionale
Toutes les anesthésies loco-régionales peuvent être combinées à une sédation ou une anesthésie générale. Elles peuvent avoir un but anesthésique ou analgésique selon le cas.
On parle souvent du réveil lent après
l’anesthésie, qu’est-ce que c’est ?
Il s’agit du réveil post-anesthésique dont la rapidité dépend de plusieurs facteurs… Le patient lui-même (la qualité de son foie et de ses reins), le type de produit anesthésique utilisé, la durée totale de l’anesthésie, la quantité totale de produits anesthésiques reçus, etc.
Ils surviennent lorsque l’organisme a
quasiment éliminé tous les produits anesthésiques.
Comment apprête-t-on le patient pour
l’anesthésie ?
La préparation du patient à l’anesthésie
commence par une consultation pré-anesthésique pour toute chirurgie programmée.
C’est une obligation de sécurité et une obligation légale. Pour les urgences,
on fait une évaluation préopératoire dans la mesure du possible. Cela consiste
à évaluer l’état du patient sur le plan clinique et le plan biologique afin de
pouvoir faire une anesthésie en toute sécurité. C’est également l’occasion
d’expliquer les détails de l’anesthésie, les possibilités, les risques, les mesures
de sécurité, et également de rassurer le patient. On peut également recourir à
des médicaments pour détendre le patient la veille de l’anesthésie et le jour
de l’anesthésie.
Que conseillez-vous aux personnes qui ont
peur de l’anesthésie ?
La bonne chose à faire est de militer pour
une anesthésie sécurisée : exiger à voir le médecin anesthésiste en
consultation pré-anesthésique, vérifier bien qu’il s’agit d’un « médecin »,
s’assurer que le jour de l’intervention il y aura bien un médecin anesthésiste
et un infirmier anesthésiste pour la réalisation de l’anesthésie. Accepter le
principe suivant : « la sécurité passe par du matériel de qualité, un personnel
qualifié et tout ça à un coût… Économie = insécurité. »
On entend souvent dire que l’anesthésie a
été mal dosée et que le patient a rendu l’âme. Est-ce vrai ?
Pas exactement.
C’est souvent une expression utilisée à tort.
L’anesthésie peut être encore appelée coma
artificiel… Donc le patient perd son autonomie et doit être assisté. C’est
parfois le défaut d’une bonne assistance qui conduit au décès du patient. Mais
le plus souvent, c’est la maladie pour laquelle le patient est opéré ou des
complications d’ordre chirurgical qui conduisent au décès du patient. Exemple :
une hémorragie importante comme maladie… Ou comme complication chirurgicale.
Pourquoi avez-vous choisi cette branche de
la médecine ?
Pour moi, ce fut un choix opérationnel.
J’ai suivi la loi de l’offre et de la
demande, car c’est l’une des spécialités les plus demandées. Mais une fois à
l’intérieur, j’ai su apprécier le métier.
Êtes-vous souvent stressé dans l’exercice
de votre métier ?
L’anesthésie-réanimation est une spécialité où on flirte au quotidien avec la mort… Aussi bien en réanimation avec les patients en détresse vitale, qu’en anesthésie où l’on met volontairement le patient dans un coma artificiel.
Si vous le souhaitez, je peux aussi  faire
une seconde passe strictement journalistique, en conservant intégralement les
propos du médecin mais en corrigeant uniquement les formulations manifestement
maladroites.
Au cœur de l’anesthésie