La Nation Bénin...
Lors d’un match, les athlètes sont soumis
à d’importantes contraintes physiques. C’est précisément dans ce contexte que
la médecine du sport joue un rôle central. Elle accompagne les joueurs et
l’ensemble des équipes, qu’il s’agisse de clubs amateurs ou professionnels, ou
encore d’une sélection nationale.
La médecine du sport est une branche de la médecine consacrée à la prévention, au diagnostic et au traitement des blessures et des maladies liées à la pratique sportive, qu’elle soit récréative ou de haut niveau. « Elle vise à prévenir les risques grâce aux bilans d’aptitude et au suivi cardiaque, vaccinal et nutritionnel, ainsi qu’à la lutte contre le dopage. Elle permet aussi de soigner les blessures musculaires, tendineuses et articulaires, les fractures de fatigue, les commotions cérébrales et les problèmes de surmenage », explique Nadège Boni, médecin du sport et membre du staff des Amazones seniors.
La médecine du sport contribue également à optimiser les performances, à prévenir les blessures et à accélérer la récupération après un problème physique. Elle ne concerne pas uniquement les sportifs professionnels. Elle s’adresse aussi aux enfants qui débutent une activité, aux sportifs amateurs et aux personnes qui pratiquent une activité physique dans le cadre d’une prescription médicale, notamment en cas de diabète, d’hypertension ou d’obésité.
Une formation médicale spécialisée
Un médecin généraliste peut se spécialiser en médecine du sport en suivant une formation complémentaire. Les diplômes universitaires (DU) et les diplômes interuniversitaires (DIU) en médecine du sport constituent, selon Nadège Boni, des voies de formation accessibles dans l’espace francophone. Elle cite notamment le diplôme universitaire de médecine du sport proposé par l’Université Senghor, une formation continue en ligne de 120 heures, qui se déroule généralement d’octobre à septembre.
Il existe également des formations spécialisées en traumatologie du sport, en nutrition sportive ou dans d’autres domaines liés à la prise en charge des athlètes, ainsi que des diplômes proposés par la FIFA.
Il convient toutefois de distinguer les professions : un kinésithérapeute peut se spécialiser en rééducation et en prise en charge des sportifs, mais il ne devient pas médecin du sport. Le titre de médecin est réservé aux personnes ayant obtenu un diplôme de médecine. Quant au titre de docteur en sciences du sport, il correspond à un parcours universitaire de recherche et ne s’obtient pas par une formation complémentaire de kinésithérapie.
« Au Bénin, après leurs études à la Faculté des sciences de la santé de Cotonou ou de Parakou, certains médecins complètent leur formation par un diplôme universitaire à l’étranger, à l’Université Senghor ou auprès d’organismes spécialisés, notamment dans le cadre de formations liées au CIES ou à la FIFA », précise Nadège Boni. Le titre de médecin du sport désigne donc un médecin diplômé ayant suivi une formation complémentaire attestée.
Un travail d’équipe
Le médecin du sport ne travaille jamais seul. Sa mission s’inscrit dans une collaboration avec de nombreux professionnels de santé et du sport. « Il travaille avec les kinésithérapeutes ou physiothérapeutes pour la rééducation, les traumatologues-orthopédistes et les chirurgiens pour les lésions graves, les cardiologues et les pneumologues pour les bilans d’aptitude, ainsi que les nutritionnistes et diététiciens pour l’alimentation et l’hydratation », explique l’experte.
Cette équipe peut aussi comprendre des préparateurs physiques et des entraîneurs, chargés de planifier les efforts, des psychologues du sport ou des préparateurs mentaux, qui accompagnent les athlètes face au stress et lors du retour après une blessure, ainsi que des podologues, biologistes, pharmaciens et infirmiers.
Les dirigeants, les parents et les enseignants d’éducation physique ont également un rôle à jouer, notamment en respectant les décisions médicales.
Un métier d’avenir, peu développé au Bénin
Au Bénin, les professionnels réellement formés en médecine du sport restent peu nombreux au regard des besoins. Le pays compte pourtant des ligues de football, de handball et d’athlétisme, des centres de formation ainsi que des classes sportives. Dans de nombreux clubs, la prise en charge repose principalement sur un infirmier ou un soigneur.
Nadège Boni estime néanmoins que les perspectives sont prometteuses.
La professionnalisation progressive du sport, le développement des académies et des Jeux scolaires, ainsi que l’essor des activités physiques de loisir renforcent les besoins en matière de prévention et de suivi médical. La pratique du sport sur ordonnance pourrait également se développer face à la progression des maladies chroniques.
Pour que cette évolution soit durable, la médecine du sport devra toutefois être reconnue, financée et pleinement intégrée aux fédérations. « Sans médecins du sport ni experts qualifiés en sciences du sport, il est difficile de construire un sport de haut niveau durable », souligne-t-elle.
Nadège Boni recommande aux professionnels du secteur de poursuivre leur formation et de ne pas s’en tenir à leur diplôme initial. « Formez-vous en continu. Suivez un DU, une formation reconnue ou un diplôme spécialisé. Restez éthiques et sachez dire non lorsqu’un joueur n’est pas apte, même si la pression vient des dirigeants. Documentez-vous et travaillez en réseau », fait savoir le médecin du sport.
Aux jeunes qui souhaitent exercer dans ce domaine, elle rappelle que le parcours commence par des études de médecine pour devenir médecin du sport. « Il faut aimer les longues études, la rigueur scientifique et le travail sur le terrain. Faites des stages tôt dans les clubs, apprenez l’anglais et intéressez-vous à la biomécanique et à la nutrition. C’est un métier de passion, pas une voie vers un prestige rapide », martèle la spécialiste.
Elle adresse également un message aux sportifs : « Votre corps est votre outil de travail. Ne cachez jamais une douleur. Le certificat médical n’est pas une simple formalité administrative. Faites un bilan avant la saison, dormez suffisamment, hydratez-vous et respectez les périodes de repos prescrites. Un jour de repos vaut mieux que six mois d’arrêt. »
Enfin, aux clubs, fédérations et parents, elle conseille de ne plus considérer le médecin comme une dépense, mais comme un investissement qui peut éviter des blessures graves et des carrières brisées. Elle appelle notamment à prévoir un budget pour le staff médical, à garantir une prise en charge adaptée des athlètes, à souscrire des assurances et à respecter les avis médicaux. « Si le Bénin veut participer régulièrement aux Jeux olympiques et à la Coupe d’Afrique des nations, il doit professionnaliser la prise en charge médicale des sportifs », conclut Nadège Boni.
Médecine du sport au Bénin