La Nation Bénin...
Quarante ans après l’entrée en vigueur de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), le respect des droits fondamentaux demeure un enjeu majeur au Bénin. Si des progrès sont enregistrés, plusieurs défis persistent, notamment en matière de liberté d’expression et de conditions de détention. Le directeur exécutif d’Amnesty International Bénin, Dieudonné Dagbéto, appelle à placer davantage l’être humain au cœur des politiques de développement.
Adoptée le 27 juin 1981 à Nairobi, au Kenya, par l’Organisation de l’unité africaine (OUA), devenue l’Union africaine, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples est entrée en vigueur le 21 octobre 1986. Quatre décennies plus tard, son application reste une préoccupation pour les défenseurs des droits humains.
Au Bénin, des avancées sont néanmoins à saluer. Dieudonné Dagbéto relève notamment les efforts réalisés en matière de protection du droit à la vie, d’accès à l’identité et aux services sociaux de base. L’abolition de la peine de mort constitue, à ses yeux, l’un des acquis majeurs. Il estime que « l’exemple du Bénin constitue quand même un repère pour l’Afrique, un repère pour le monde entier ».
Des progrès à consolider
Parmi les avancées relevées figurent la dématérialisation des actes d’état civil, la gratuité de l’établissement des cartes d’identité « C’est moi » et les mesures facilitant l’accès de certaines couches vulnérables aux services sociaux.
Ces initiatives contribuent à améliorer l’exercice de plusieurs droits fondamentaux, notamment le droit à une identité, à la santé et à l’éducation. Des efforts sont également observés dans l’accès à l’eau potable, la promotion des droits des femmes, la lutte contre les violences basées sur le genre ainsi que la valorisation de l’inclusion et de la diversité.
Pour le responsable d’Amnesty International Bénin, ces acquis doivent être préservés et renforcés. Les transformations sociales et technologiques font apparaître de nouveaux défis, auxquels les pouvoirs publics doivent apporter des réponses respectueuses des droits humains.
« Il faut mettre l’humain au cœur de toutes les initiatives », insiste-t-il, rappelant que les droits économiques, sociaux et culturels doivent être garantis à tous les citoyens, y compris dans la mise en œuvre des politiques de développement.
Liberté d’expression : un droit à préserver
La liberté d’expression constitue également une préoccupation majeure pour Dieudonné Dagbéto. Il plaide pour que les citoyens puissent exprimer leurs opinions sans craindre des représailles ou une incarcération.
Cette liberté doit s’exercer aussi bien dans les échanges directs que sur les réseaux sociaux. Les professionnels des médias sont également concernés par cet appel. Le directeur exécutif d’Amnesty International Bénin souhaite que les organes de presse puissent continuer à informer les populations sur les sujets d’intérêt public, dans le respect de leur pluralité.
Pour lui, la consolidation des droits humains passe nécessairement par la protection des libertés fondamentales et la possibilité, pour chacun, de faire entendre sa voix.
Des prisons à humaniser
Les conditions de détention constituent l’autre grand chantier sur lequel insiste le défenseur des droits humains. Face à la surpopulation carcérale et aux difficultés liées à l’hygiène et à l’accès à l’eau potable, il appelle à des mesures concrètes pour garantir la dignité des personnes détenues.
« Nous devons humaniser nos prisons et nos lieux de détention », plaide-t-il.
Pour atteindre cet objectif, Dieudonné Dagbéto recommande de limiter le recours à la détention provisoire, qui devrait être envisagée en dernier ressort, et de rechercher des solutions permettant de réduire la surpopulation carcérale.
Il insiste également sur la nécessité d’améliorer les conditions sanitaires dans les établissements pénitentiaires, notamment grâce à un meilleur accès à l’eau potable et à des espaces propres, salubres et suffisamment aérés.
Les décès de cinq personnes détenues à la prison civile de Cotonou, signalés à la mi-octobre 2026, renforcent l’urgence de cette préoccupation.
Enfin, le responsable d’Amnesty International Bénin appelle au respect du droit à un procès équitable et à la fin des détentions arbitraires. Pour lui, la promotion des droits humains ne saurait se limiter aux textes et aux engagements : elle doit se traduire dans les pratiques et dans les conditions de vie des citoyens, y compris derrière les barreaux.