Enterrement du placenta : quand la tradition africaine se heurte aux réalités de l’étranger
Société
Enterrement du placenta
Au Bénin, l’enterrement du placenta après la naissance revêt une grande importance pour de nombreuses familles. Mais loin du pays, notamment en Europe, le manque d’espace et les contraintes réglementaires compliquent la perpétuation de cette tradition.
Par
Mariama SALIFOU (Coll.), le 12 oct. 2026
à
08h14
Durée 3 min.
#Enterrement du placenta
Une tradition transmise de génération en génération
Pour plusieurs communautés béninoises, le placenta n’est pas un simple déchet médical. Son enterrement est lié à des croyances ancestrales, et le choix du lieu revêt une signification particulière.
Les sages nagot Éleuthère Okpara, batonou Sylvie Kora et fon Éleuthère Tobossi soulignent l’importance de l’emplacement. Dans certaines coutumes, le placenta est enterré dans un endroit frais, souvent près de la douche. Des morceaux de poterie ou du tissu blanc peuvent y être ajoutés, accompagnés parfois de prières. Chez les Peuls, explique Oroudjo Goubi, il est enterré juste derrière la case de la mère.
Même au Bénin, la vie urbaine complique parfois ce rituel. Salima, originaire de Ouaké et installée à Cotonou, témoigne : « Mes parents enterraient les placentas derrière la maison familiale. Mais ici, nous sommes locataires dans une maison sans cour en terre. Nous avons du mal à trouver un endroit adapté. »
À l’étranger, le manque d’espace et les contraintes réglementaires
En France, les familles ne disposent pas toujours d’un terrain ou d’un jardin pour accomplir ce rituel. Alassane Inoussa, père béninois de trois enfants installé dans ce pays, en témoigne : « Nous n’avons pas de terrain pour enterrer le placenta comme au pays. Il faut d’abord demander à la maternité si c’est autorisé et faire des démarches. C’est très compliqué ! »
Certaines familles envisagent de l’enterrer dans de grands pots de fleurs, notamment sur un balcon. Mais entre les démarches et les contraintes d’hygiène, Alassane a finalement renoncé : « Je ne demande plus le placenta. C’est l’hôpital qui s’en charge désormais », confie-t-il, disant confier la protection de ses enfants à Dieu.
Entre respect de la culture et adaptation
Pour le spiritualiste Élie Lima, le placenta conserve une dimension symbolique dans les croyances de certaines communautés béninoises. Il peut être associé à la protection de l’enfant et au lien avec les origines.
Loin du pays, les parents doivent concilier leurs convictions culturelles avec les réalités de leur lieu de résidence. Consulter les gardiens de la tradition peut aider à envisager des adaptations respectueuses des croyances.
Comment préserver ses traditions tout en respectant les lois et les règles du pays d’accueil ? C’est le défi auquel sont confrontées de nombreuses familles de la diaspora.