La Nation Bénin...
La consommation de la nouvelle igname au Bénin, généralement disponible de la mi-juillet au mois d’août, est précédée d’un rituel ancestral. Avant de goûter à cette nouvelle récolte, les adeptes de la tradition l’offrent au Fâ et aux divinités. Cette pratique, appelée tedoudounoufâ et tedounouvodun, est considérée comme un acte de reconnaissance et de demande de protection.
L’avènement de la nouvelle igname, au Bénin, marque un moment important dans le calendrier agricole et culturel. Si ce tubercule est très apprécié dans les habitudes alimentaires, sa consommation est, dans la tradition, précédée d’un rituel destiné au Fâ et aux divinités.
« Que ce soit le Fâ ou l’ensemble des divinités d’origine yoruba, ils sont habitués à l’igname. C’est avec l’igname qu’on accueille les divinités en milieu yoruba », explique Boconon Baba Aligbonon, prêtre du Fâ.
Selon lui, dès l’apparition de la nouvelle igname, celle-ci doit être présentée au Fâ et aux divinités. Cette offrande constitue avant tout un geste de reconnaissance pour la protection accordée au cours de l’année écoulée. Elle représente également une occasion de solliciter la bienveillance du Fâ et des divinités pour l’année à venir, dans l’espoir qu’elle soit placée sous le signe des bénédictions et de la protection.
Une igname chargée de symbolisme
L’importance accordée à l’igname dépasse ainsi sa valeur alimentaire. Pour le prêtre du Fâ, ce tubercule revêt une dimension symbolique particulière.
« L’igname n’est pas un simple tubercule comme les autres. Il lui faut neuf mois pour pousser de la terre. C’est un mystère, tout comme l’être humain qui passe neuf mois dans le ventre de sa mère avant de naître », explique-t-il.
Cette durée de maturation est ainsi rapprochée de la gestation humaine, ce qui confère à l’igname une place particulière dans l’univers symbolique et spirituel.
Dans cette tradition, consommer la nouvelle igname avant son offrande au Fâ et aux divinités est considéré comme une transgression susceptible d’entraîner des conséquences néfastes. Selon Boconon Baba Aligbonon, le non-respect de ce rite pourrait notamment exposer l’individu à des difficultés telles que des maladies, des pertes d’emploi ou d’autres malheurs.
Un rite sous le signe de la protection
Au-delà de sa dimension spirituelle, l’offrande de la nouvelle igname est perçue comme une source de nombreux bienfaits pour ceux qui accomplissent le rituel.
Selon le prêtre du Fâ, cette cérémonie contribuerait notamment à assurer la sécurité du foyer, de la famille et des activités professionnelles. Elle serait également un moyen de se prémunir contre certains dangers et de bénéficier de la protection des divinités.
« Ce qu’on offre aux divinités, on ne le perd pas. Bien au contraire, on y gagne davantage », soutient Boconon Baba Aligbonon.
Dès la mi-juillet et au cours du mois d’août, lorsque la nouvelle igname arrive à maturité, elle peut donc être présentée au Fâ et aux divinités avant toute consommation.
Parmi les divinités auxquelles cette offrande peut être destinée figurent notamment Sakpata, Lissa et Xoxo, entre autres.