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Dans la vallée du fleuve Ouémé, notamment à Dangbo, les crues saisonnières transforment chaque année les terres en étendues d’eau. Pour les éleveurs, cette période rime avec difficultés et sacrifices. Entre enclos surélevés, recherche quotidienne de fourrage et soins vétérinaires, ils déploient d’importants efforts pour maintenir leurs troupeaux en vie.
Sur une étendue d’environ mille mètres carrés, une centaine de bœufs broutent, les pattes plongées dans une eau boueuse. Loin de paraître perturbés par cet environnement inhabituel, les animaux semblent s’y accommoder. La scène se déroule à Dangbo, dans la vallée du fleuve Ouémé.
« Les bœufs d’ici sont de la race lagunaire. C’est pourquoi ils arrivent à survivre dans l’eau », explique Marius Avlamè, agent de contrôle des produits d’origine animale.
Cette capacité d’adaptation n’épargne toutefois pas les animaux des difficultés liées à la crue. Chaque année, de juillet à fin novembre, le fleuve Ouémé sort de son lit et recouvre une grande partie des terres habituellement utilisées par les éleveurs. La plaine, qui offre en temps normal des espaces de pâturage et de repos, se retrouve alors largement submergée.
Pour les éleveurs, commence alors une période particulièrement éprouvante. Privés de terre ferme, ils doivent trouver des solutions pour mettre leurs troupeaux à l’abri et limiter les conséquences de l’humidité prolongée.
Chaque propriétaire aménage ainsi un enclos à l’aide de roseaux. La structure est surélevée et recouverte de plusieurs couches d’herbes qui servent à la fois de litière et de protection contre l’eau.
« À défaut de trouver une terre ferme pour nos bœufs pendant la crue du fleuve, chacun construit un enclos suffisamment spacieux, selon la taille de son troupeau, pour les contenir convenablement », explique l’agent de contrôle des produits d’origine animale.
Cette précaution est essentielle pour préserver la santé des bovins. Maintenus trop longtemps dans l’eau, les animaux peuvent développer des problèmes aux pieds. « Ils s’en sortent avec des sabots pourrissants », alerte Marius Avlamè.
En quête de fourrage
Une fois les bœufs installés dans les enclos, une autre épreuve commence pour les éleveurs. Il s’agit de trouver quotidiennement de quoi nourrir les animaux.
Très tôt le matin, les bouviers quittent le village pour parcourir les zones encore accessibles à la recherche de fourrage. Une tâche qui leur demande plusieurs heures de marche et les éloigne de leurs autres activités.
« Ce travail nous détourne de toutes les autres occupations », témoigne Jonas, un bouvier de la localité. « Quand nous partons le matin, nous pouvons mettre quatre à cinq heures avant de revenir », ajoute-t-il.
La disponibilité du fourrage constitue donc un enjeu majeur pendant la période de crue. Lorsque les réserves viennent à manquer, les conséquences peuvent rapidement se faire sentir.
« Si le fourrage vient à manquer un matin, il arrive que les bovins broutent la litière. Elle diminue alors d’épaisseur », raconte Jonas.
Selon lui, une alimentation insuffisante entraîne un affaiblissement progressif des animaux. « S’ils ne sont pas bien nourris, ils deviennent maigres et se déplacent nonchalamment, affichant un piteux état. Cela entraîne la mort de plusieurs », déplore-t-il.
Face à ces risques, les éleveurs ne se contentent pas de nourrir leurs animaux. La période de claustration constitue également une occasion de renforcer leur suivi sanitaire.
« Une fois les animaux en claustration, je passe pour les vacciner contre la pasteurellose et je les déparasite ensuite », indique l’agent de contrôle des produits d’origine animale.
Pour faciliter les opérations, les éleveurs ont mis en place un comité villageois chargé d’aider à maîtriser les bêtes pendant les séances de vaccination et de déparasitage.
Malgré les difficultés imposées par la montée des eaux, cette organisation permet ainsi aux éleveurs de limiter les pertes. Si chaque année, dans la vallée de l’Ouémé, les crues bouleversent les habitudes, elles n’ont toutefois pas encore eu raison de la détermination des éleveurs. Grâce à leur capacité d’adaptation et à des pratiques d’élevage adaptées au milieu, leurs bœufs continuent de traverser la saison des eaux.