La Nation Bénin...
Des vidéos à caractère sexuel de jeunes fuitent de plus en plus sur les réseaux sociaux. Il y a quelques années, les relations intimes relevaient strictement de la vie privée. Aujourd’hui, avec l’arrivée des smartphones de dernière génération, aucun événement n’échappe à l’objectif des caméras, pas même l’intimité des corps.
Les tabous et les sujets relevant de la vie privée semblent disparaître petit à petit. Ce qui devrait rester secret s’étale désormais sur la place publique, le plus souvent sans gêne. Des actes intimes sont enregistrés, parfois capturés à l’insu des partenaires, pour finir entre de mauvaises mains ou être délibérément publiés sur les réseaux sociaux par l’un des partenaires.
Pourquoi et comment un acte censé être privé se retrouve-t-il enregistré, avec ou sans le consentement du partenaire ? La pudeur est-elle en train de disparaître chez la nouvelle génération ? S’agit-il d’une faille au niveau de l’éducation qui pousse les jeunes vers ces dérives ? Autant de questions qui méritent d’être élucidées pour espérer corriger le tir.
Interrogé sur cette question, Hubert Clotoe, directeur exécutif de l’ONG SONAGNON, donne son avis :
« En tant que directeur exécutif de l’ONG SONAGNON, et à titre personnel, je trouve ce phénomène profondément regrettable et préoccupant. Je suis fermement opposé à la banalisation de ces pratiques et à leurs conséquences sur l’avenir, la dignité et la protection de nos jeunes. Plutôt que de chercher un seul coupable, interrogeons-nous sur notre responsabilité collective : parents, école, société et institutions. Car l’éducation et la protection de notre jeunesse sont une responsabilité partagée.
Toutefois, il faut faire une distinction essentielle : si nous devons sensibiliser les jeunes aux risques liés à l’exposition de leur intimité, nous ne devons jamais humilier ni culpabiliser ceux dont les vidéos ont été diffusées sans leur consentement. Partager ou faire fuiter ces contenus constitue une atteinte grave à leur intimité et à leur dignité. Il est donc urgent de renforcer les séances de sensibilisation sur l’éducation à la vie affective et sexuelle, l’utilisation responsable des réseaux sociaux et la protection de l’intimité. »
Ces fuites de vidéos à caractère sexuel portent bien souvent préjudice à la jeune fille. Elle se retrouve avec une réputation ternie qui lui colle à la peau pour de longues années, couvrant parfois toute sa famille de honte.
Face à ce constat, chaque parent doit faire l’effort d’accompagner et d’éduquer ses enfants, en particulier les adolescentes et les jeunes filles :
Éduquer à la lucidité : Apprendre aux jeunes filles à ne pas céder naïvement à la manipulation sous prétexte d’amour pour accepter de s’exposer dans des sex-tapes.
La vigilance face aux fréquentations : Sensibiliser les filles sur les risques liés à certaines sorties. Lors de certaines sorties, les filles peuvent consommer certaines boissons qui pourraient les pousser à faire ce qu’elles ne veulent pas.
Le refus du compromis malsain : Apprendre aux filles à ne jamais accepter d’échanger des faveurs ou des services à caractère sexuel contre de l’argent ou des cadeaux, car elles s’exposent au risque d’être enregistrées à leur insu.
Mais la prévention ne saurait reposer uniquement sur les épaules des filles. Il est tout aussi primordial de sensibiliser les garçons au respect absolu du corps d’autrui, à la valeur du consentement et à la gravité de la diffusion d’images intimes.
Au-delà de la morale et de l’éducation, il est impératif de rappeler que la diffusion de telles vidéos sans consentement constitue une infraction pénale sévèrement punie par la loi (cyberharcèlement, atteinte à la vie privée, partage non consenti de contenus intimes). La justice doit jouer son rôle dissuasif pour briser le sentiment d’impunité des auteurs de ces fuites.
Comme le conclut si bien M. Hubert Clotoe :
« La protection de notre jeunesse exige une mobilisation collective. Responsables politiques, acteurs de l’éducation, communautés et parents doivent unir leurs efforts et assumer pleinement leur part de responsabilité. Ne nous contentons pas de condamner les jeunes après les faits. Nous devons éduquer, sensibiliser, responsabiliser et protéger les jeunes avant qu’il ne soit trop tard ! »