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Diplomatie béninoise: De la présidence du Conseil de sécurité des Nations unies (1976-1977 et 2004-2005) à la présidence du Conseil de la paix et de la sécurité de l’Union africaine

Tribune

Le Bénin franchit une nouvelle étape dans son parcours diplomatique en assumant la présidence du Conseil de paix et de sécurité (Cps) de l’Union africaine. Cette responsabilité continentale, loin de constituer une rupture, s’inscrit dans la continuité d’une tradition diplomatique forgée au fil de décennies d’engagement multilatéral. De ses deux passages au Conseil de sécurité des Nations Unies, en 1976-1977 puis en 2004-2005, à son rôle actuel au sein de l’architecture africaine de paix et de sécurité, le Bénin a progressivement affirmé une doctrine fondée sur le dialogue, la médiation, le consensus et la prévention des conflits. 

Par   Théodore C. Loko, le 10 sept. 2026 à 09h13 Durée 3 min.
#Union africaine

En septembre 2026, le Bénin s'affirme de manière spectaculaire sur la scène diplomatique internationale en prenant officiellement la présidence du Conseil de paix et de sécurité (Cps) de l'Union africaine (Ua). Élu pour siéger au sein de cet organe stratégique sur la période 2026-2028, le pays succède à l’Algérie et déploie un agenda dense, fidèle à sa grande tradition de médiation et de diplomatie multilatérale.

I. Un leadership continental réaffirmé au sein de l’Union africaine

Cette opportunité stratégique permet au Bénin de lier directement les priorités de l'Afrique aux dynamiques mondiales à travers plusieurs rendez-vous majeurs :

• Un sommet crucial à New York (23 septembre): Organisé en marge de la 81e Assemblée générale des Nations Unies, ce sommet réunit les chefs d'État africains autour du thème : « Bon voisinage et réponses régionales aux défis sécuritaires et terroristes en Afrique ».

• Le renforcement du dialogue Ua-Onu et Ua-Ue: La présidence béninoise pilote les réunions préparatoires conjointes entre le Cps, le Conseil de sécurité des Nations

Unies et l'Union européenne. Ce pont diplomatique vise notamment à défendre le financement pérenne des opérations de maintien de la paix africaines.

• Le Séminaire « Femmes, Paix et Sécurité » : Cotonou accueille une session de haut niveau dans le cadre du Processus de Swakopmund, réaffirmant le rôle incontournable des femmes dans la prévention des conflits.

• L'intégration des enjeux climat et sécurité: Une session publique est entièrement dédiée à l'analyse des liens profonds entre le changement climatique, la stabilité et la sécurité sur le continent.

• Le Mois de l'amnistie pour l'Afrique : Le programme intègre le suivi et la commémoration de cette initiative forte à Alger, visant à faire taire les armes sur le continent.

L'héritage onusien comme boussole continentale

Pour comprendre la portée et la cohérence de la présidence béninoise au Cps en septembre

2026, il convient de dépasser la simple actualité. Cet agenda ambitieux ne sort pas de nulle part : il s'inscrit en ligne droite dans une tradition diplomatique de médiation, de multilatéralisme et de recherche constante de consensus.

Cette doctrine a été patiemment éprouvée et affinée lors des mandats historiques du Bénin au Conseil de sécurité des Nations Unies (Csnu), notamment en 1976-1977 et en 2004-2005. Les choix stratégiques opérés aujourd'hui à Addis-Abeba et à New York trouvent ainsi leurs racines directes dans l'expérience onusienne du pays.

II. L'ancrage historique d'une doctrine diplomatique globale

L'action du Bénin à la tête du Cps de l'Ua est la manifestation continentale de trois piliers fondamentaux bâtis au niveau universel.

1. Le pont naturel entre l'Onu et l'Ua : Une expertise historique

Lors de son mandat au Conseil de sécurité de l’Onu (2004-2005), le Bénin avait activement présidé le Groupe de travail spécial sur la prévention et le règlement des conflits en Afrique.

Vingt ans plus tard, l’agenda de septembre 2026 remet exactement ce dossier au cœur des débats. En pilotant les dialogues conjoints Ua-Onu, le Bénin met à profit son savoir-faire historique pour porter haut la voix de l'Afrique et exiger un financement stable et autonome des opérations de paix locales.

2. Le « laboratoire de la paix» et la culture du dialogue

Reconnu à l'échelle internationale comme le pionnier des transitions démocratiques pacifiques en Afrique depuis l'historique Conférence nationale des forces vives de février 1990, le Bénin porte en lui une culture nationale du compromis. À l'Onu, cette identité s'est traduite par une diplomatie de concertation, fermement éloignée des postures belliqueuses.

Le thème central choisi par le Bénin pour le sommet de New York — « Bon voisinage et réponses régionales » — est l'émanation directe de cette culture. Face à la crise sécuritaire et à la menace terroriste au Sahel et en Afrique de l'Ouest, Cotonou privilégie plus que jamais l'approche concertée et inclusive.

3. La constance des valeurs: Femmes, Sécurité et Climat

Le Bénin défend depuis longtemps une vision moderne et multidimensionnelle de la sécurité. Dès ses premiers mandats à l'Onu, le pays s'alignait sur les dynamiques visant à prendre en compte les vulnérabilités structurelles et la société civile dans la résolution des crises.

En inscrivant au programme du Cps le séminaire «Femmes, Paix et Sécurité» ainsi qu'un débat public sur l'impact du dérèglement climatique sur la sécurité, le Bénin prouve la constance de ses engagements. Il réaffirme que la paix durable ne peut s'obtenir sans justice sociale et anticipation environnementale.

En somme, les passages successifs du Bénin au Conseil de sécurité de l'Onu ont forgé sa crédibilité et sa méthode. En prenant les rênes du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine en septembre 2026, le pays ne fait pas ses débuts dans la cour des puissances: il applique à l'échelle du continent une doctrine de paix et de médiation qu'il déploie avec constance sur la scène mondiale.

Enseignant-chercheur

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