La Nation Bénin...
Le Bénin traverse une séquence politique déterminante, une transition qui engage la responsabilité de chaque citoyen. Alors que notre nation franchit une étape charnière de son histoire, il appartient aux acteurs engagés de porter un regard lucide sur l'héritage reçu et les perspectives qui s'ouvrent à nous.
Le bilan de la décennie de gouvernance du Président Patrice Talon constitue une empreinte indélébile dans notre histoire contemporaine. Au-delà des infrastructures structurantes qui ont modernisé notre territoire, ce sont les réformes administratives profondes qui ont durablement transformé le quotidien de nos concitoyens. Cette rigueur et cette volonté de transformation structurelle ont posé les fondations indispensables sur lesquelles s'édifie le Bénin de demain. Plus qu'une simple modernisation, ces actions ont assaini notre climat des affaires et offert à nos entrepreneurs un terreau fertile pour l'innovation et la création de valeur ajoutée locale. Reconnaître cette œuvre est, à mon sens, un devoir de probité républicaine.
Dans ce sillage, les cent premiers jours de la gouvernance du Président Romuald Wadagni témoignent d’une maîtrise exemplaire des enjeux de l’État. Non seulement il assure la pérennité des programmes d’envergure qu’il a contribué à concevoir, mais il y insuffle une dynamique propre, empreinte d'une vision pragmatique. Le Président Wadagni semble résolu à franchir une étape supplémentaire : celle de l’inclusion économique et de la diversification de notre tissu productif. Le développement ne peut se réduire à la seule pierre et au bitume ; il doit désormais se traduire par une transformation économique tangible, favorisant l'éclosion d'écosystèmes entrepreneuriaux dynamiques, le renforcement du pouvoir d'achat des ménages et une résilience accrue face aux chocs exogènes. C’est par cette mutation vers une économie plus diversifiée et plus inclusive que nous bâtirons une prospérité pérenne, capable de rayonner bien au-delà de nos frontières.
Cette capacité à concilier l’héritage avec l’innovation constitue le socle de notre réussite. Toutefois, cette dynamique requiert, pour son plein épanouissement, la cohésion de la Nation. L'unité nationale demeure notre actif le plus précieux, le rempart contre toute velléité de division. Il est impératif, aujourd'hui plus que jamais, de transcender les clivages partisans pour servir l'intérêt supérieur du Bénin. L'unité n'est point une simple incantation, elle est la condition "sine qua non" de la stabilité et le moteur de nos ambitions.
Au cœur de cet élan, la jeunesse béninoise occupe une place prépondérante. Elle ne constitue pas seulement le réservoir de notre futur, mais le catalyseur immédiat de notre transformation. Notre jeunesse fait preuve, chaque jour, d'une résilience et d'une soif d'apprendre qui forcent l'admiration. Il est de notre responsabilité collective de lui offrir un cadre propice à son plein épanouissement, en garantissant l'accès à une formation d'excellence, à des opportunités professionnelles valorisantes et à un accompagnement structuré. C’est en investissant dans ce potentiel humain que nous assurerons la pérennité de notre modèle de développement.
Pour ancrer durablement ces acquis et favoriser une conscience citoyenne renouvelée, il nous appartient d’impliquer plus étroitement cette génération. C’est dans cette perspective que je soumets à la réflexion nationale la proposition d’instituer une « Journée Nationale des Mémoires ».
Les raisons qui motivent ma démarche s’énumèrent comme suit :
- Les événements malheureux survenus dans notre pays le dimanche 07 décembre 2025 m’ont profondément choqué et ont fini de me convaincre que les acquis d’aujourd’hui peuvent être subitement remis en cause de façon irréversible, si nous ne prenons pas des décisions idoines pour les conserver durablement.
- Une grande majorité de notre population actuelle est née après la Conférence Nationale des Forces vives de la Nation de Février 1990. Cette Jeunesse qui n’a pas connu cette période révolutionnaire et ses affres, est aujourd’hui accessible à des discours et narratifs susceptibles de compromettre les libertés dont nous jouissons aujourd’hui. L’histoire risque de bégayer, et pas dans le bon sens.
- Le choix de la Démocratie partisane comme système politique, le choix de l’économie de marché comme système économique, ne sont les volontés ni d’un régime, ni d’un gouvernement ou système politique. C’est le choix souverain de tout le peuple béninois, réuni en Conférence Nationale des Forces Vives de la Nation en Février 1990. Ces orientations majeures sont ancrées profondément dans notre Constitution en ses différentes versions. Elles ne sauraient être remises en cause par une manifestation d’humeur d’un corps isolé de la Nation. La Célébration de la Mémoire contribue au respect de ces engagements majeurs de la Nation Béninoise.
- La plupart des Etats africains ont connu des basculements politiques majeurs dans les années 90, ouvrant une ère démocratique porteuse d’espérance. De nos jours, et dans notre sous-région, la plupart de ces pays basculent progressivement vers des régimes peu convenables en matière de liberté et de paix. La faute est partiellement imputée aux élites politiques de ces pays, qui n’ont pas continuellement sensibilisé leurs jeunesses pour mesurer les prix payés pas les anciennes générations pour leur garantir les libertés d’expressions et politiques. Cette jeunesse a porté des régimes aux pouvoirs. Aujourd’hui, elle regrette à voix basse et les horizons sont incertains.
- L’Europe a connu deux guerres majeures qui ont bouleversé le monde. Elles ont été qualifiées de mondiales par leur ampleur. Entre la première guerre et la seconde, aucune action majeure n’a été engagée pour parler de la mémoire. La seconde est survenue quelques années après et a laissé des séquelles profondes sur les peuples du monde entier. Les Européens ont compris et ne manquent plus d’occasions chaque année pour parler de la mémoire des deux guerres. C’est peut-être pour cette raison que la troisième guerre mondiale n’a pas eu lieu, malgré les contextes, circonstances et écosystèmes propices. C’est d’ailleurs d’actualité.
- Le mouvement de Xénophobie qui a cours actuellement en Afrique du Sud, pays de Nelson Mandela interpelle tout le continent. Les jeunes qui marchent dans les rues de Johannesburg, Cape Town, Soweto, Durban, sont tous nés pour la majorité après 1994. Ils n’ont donc pas connu l’Apartheid et même les soutiens sensibles majeurs que les autres peuples d’Afrique, le Bénin y compris ont apportés aux mouvements de lutte contre l’Apartheid. Nous trouvons aujourd’hui scandaleux et profondément ingrats, que les noirs sud-africains poursuivent et chassent d’autres noirs africains. Si la mémoire avait été bien célébrée, on aurait pu éviter ce désastre qui choque le monde entier et met à mal l’unité et la fraternité entre les Africains.
- La Syrie a connu une guerre civile atroce. C’était un grand pays de tourisme prisé par les touristes du monde entier à cause de son patrimoine architectural de haute importance. Après la guerre, les touristes vont en Syrie pour aller visiter la ruine de la cité historique de Palmyre. Ils ne pourront plus reconstruire à l’ancienne et le patrimoine perd sa valeur.
- Enfin pour finir, le Bénin devient une destination touristique de premier plan dans la région africaine. Beaucoup d’argent public sont en cours d’investissement. Prenons garde et anticipons sur les mauvais basculements de l’histoire qui peuvent remettre en cause en quelques jours les efforts colossaux du gouvernement actuel et de ceux qui l’ont précédé. Il faut éviter que les touristes reviennent un jour pour visiter les ruines de Ouidah, Abomey, Nikki, Porto-Novo…
Cette journée ne saurait se réduire à un simple exercice commémoratif. Elle doit constituer le ciment d’une identité nationale renforcée, permettant à la jeunesse de s'approprier notre trajectoire historique, de célébrer les sacrifices consentis par nos aînés et d’adhérer pleinement aux grands programmes de développement qui façonneront leur avenir. En intégrant la jeunesse à la gestion de notre mémoire collective, nous lui transmettons le flambeau de la responsabilité, faisant des jeunes des acteurs éclairés et des gardiens vigilants de notre destin commun.
Monsieur le Président, la Nation est prête à vous accompagner dans cette ambition de grandeur. La continuité républicaine, alliée à une vision inclusive qui préserve notre unité, valorise notre jeunesse et honore notre mémoire, constitue le gage d’un développement durable et humain.
Continuons, avec audace et rigueur, à œuvrer ensemble pour le rayonnement de notre patrie.