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Couverture intégrale des écoles en cantines scolaires: Un marqueur social fort de la présidence Wadagni

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En décidant de servir un repas chaud dans la totalité des écoles publiques au titre de l’année scolaire 2026-2027, le chef de l’État achève un chantier hérité de son prédécesseur et en fait un pilier de la Vision Bénin 2060. Derrière la mesure sociale se lisent une stratégie de capital humain et un premier test d’exécution grandeur nature pour le nouvel exécutif.

Par   Jonas KOUYOU (Collaboration extérieure), le 03 sept. 2026 à 07h00 Durée 3 min.
#Programme de cantines scolaires

L’annonce pourrait passer pour la simple continuation d’une politique engagée de longue date. Elle est en réalité un choix de gouvernement, et l’un des plus révélateurs de ce début de mandat. En inscrivant dans son premier collectif budgétaire, adopté en juin, l’extension des cantines scolaires à l’ensemble des écoles publiques, le président Romuald Wadagni a fait de l’alimentation scolaire l’un des visages de ses cent premiers jours, aux côtés de la gratuité du secondaire général public pour les filles, décidée en Conseil des ministres le 3 juin dernier.

Achever plutôt qu’inventer

Le programme n’est pas né avec lui. Relancé en 2016 sous la présidence de Patrice Talon, structuré à partir de 2017 avec le Pnasi, il visait déjà la couverture totale à l’horizon 2026. Romuald Wadagni aurait pu étaler l’échéance, comme le font souvent les exécutifs entrants avec les engagements de leurs prédécesseurs. Il a choisi l’inverse: tenir la date, sur son propre budget, dès sa première rentrée. Ce parti pris dit quelque chose de la méthode revendiquée, la continuité de l’État plutôt que la rupture d’affichage, et installe le social comme signature du quinquennat naissant.

Un programme sorti de  l’aide alimentaire

La trajectoire du dispositif éclaire ce que le gouvernement nomme désormais souveraineté éducative. Né dans le giron de l’aide internationale, avec le Pam comme opérateur, le programme s’est progressivement nationalisé : financement porté par le budget de l’État, passé de 1,5 milliard de francs Cfa en 2016 à 48,7 milliards en 2022, cadre juridique adopté en 2023, transfert graduel de la gestion vers l’Agence nationale de l’alimentation et de la nutrition. Le Pam lui-même relève que l’essentiel du financement mondial des repas scolaires provient désormais des budgets nationaux, signe que ces programmes ont cessé d’être perçus comme de l’assistance pour devenir des politiques publiques. Le Bénin, désigné champion mondial en la matière en 2022 et cité en exemple par la Fao, a pris ce virage avant beaucoup d’autres.

Peu de politiques publiques touchent les citoyens aussi directement et aussi quotidiennement. Le repas scolaire concerne plus d’un million quatre cent mille enfants, soit plus de 10 % de la population du pays, et allège d’autant les charges des ménages. Il crée aussi une attente exigeante : un service qui s’interrompt se voit immédiatement, dans chaque village. La dimension de genre est assumée, avec 45 % de filles parmi les bénéficiaires. Couplée à la gratuité du secondaire pour les filles, la cantine s’inscrit dans une stratégie de maintien à l’école, décisive en milieu rural où le décrochage se joue souvent sur des considérations matérielles. Des travaux universitaires consacrés au cas béninois associent d’ailleurs les cantines à une meilleure assiduité et à une meilleure rétention des élèves.

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Un pari daté 2060

Le gouvernement inscrit explicitement la mesure dans la Vision Bénin 2060 Alafia, adoptée par la loi du 10 juillet 2025 et lancée le 3 février 2026. Parmi ses neuf orientations stratégiques figure le développement d’un capital humain sain, compétent et compétitif, prolongé par l’accès à une éducation de qualité et l’essor de l’enseignement technique et professionnel. Le raisonnement économique est simple : un enfant correctement nourri apprend mieux, reste plus longtemps à l’école et arrive mieux armé sur le marché du travail. Un pays qui table sur une croissance moyenne de 8,6 % sur trente-cinq ans a besoin de cette main-d’œuvre. L’écolier servi à la rentrée prochaine aura une quarantaine d’années en 2060 : c’est lui, très concrètement, le capital humain que la Vision décrit.

L’exécution, juge de paix

Le pari n’est pourtant pas gagné d’avance. Le dixième restant regroupe les écoles les plus difficiles d’accès, celles où la régularité des approvisionnements, le stockage des vivres et le contrôle de la qualité nutritionnelle demanderont le plus d’ingéniosité. La montée en charge de l’Anan intervient au moment précis où le Pam passe la main, et le calendrier ne laisse aucune marge : la rentrée est imminente. Plus de 153 milliards de francs Cfa ont été programmés pour la couverture totale ; encore faut-il que chaque franc se transforme en repas servi à l’heure. C’est à l’aune des repas servis aux enfants en septembre, et non des communiqués, que la mesure sera jugée. Si l’échéance est tenue, la généralisation des cantines deviendra ce que le gouvernement veut qu’elle soit: la preuve, administrée dès la première rentrée du mandat, que l’ambition sociale de la Vision 2060 sait se traduire en actes datés.

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