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Vulnérabilités des marchés des produits alimentaires et agricoles: Les solutions préconisées

Economie

Si le marché mondial de l’alimentation et de l’agriculture a fait montre de résilience, beaucoup de pays, notamment en Afrique, restent vulnérables face aux chocs commerciaux. Ils doivent augmenter leur productivité agricole et diversifier leurs sources d’importation pour leur sécurité alimentaire, recommande la Fao.

Par   Claude Urbain PLAGBETO, le 26 avr. 2023 à 07h11 Durée 3 min.

L’intégration et le développement des marchés agricoles passent par une amélioration de la productivité et une baisse du coût des échanges, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (Fao). Le coût élevé des échanges et un commerce moindre peuvent avoir pour effet d’accroître la part du secteur agricole par rapport aux autres secteurs économiques, ce qui est nécessaire pour répondre aux besoins alimentaires de la population, d’après le rapport «La situation des marchés des produits agricoles 2022 sous-titré. La géographie du commerce alimentaire et agricole : quelles politiques pour un développement durable? ».
Les pays d’Afrique commercent plus avec des partenaires situés hors du continent qu’entre eux. En Afrique subsaharienne, mentionne le rapport, le faible poids de l’avantage comparatif et le coût élevé des échanges se traduisent par de faibles volumes d’échanges intrarégionaux. Le coût des échanges de produits alimentaires et agricoles dans la région est estimé à 237 % en moyenne en équivalent ad valorem, contre 152 % en Europe, selon la Fao. De fait, les échanges des pays d’Afrique subsaharienne entre eux et à l’échelle de la région sont ceux pour lesquels ce coût est le plus élevé.
La demande de produits alimentaires augmente plus vite dans les régions où la croissance de la population et des revenus est plus forte, comme en Afrique où la productivité agricole est relativement faible et les pays éprouvent des difficultés à produire une quantité suffisante de nourriture pour leur population. A travers le déplacement des denrées des zones de surplus vers les zones de déficit et les importations, les échanges contribueront à équilibrer l’offre et la demande alimentaires et à assurer la diversité des régimes alimentaires.

Libre-échange

« Un commerce efficace peut promouvoir la sécurité alimentaire mondiale et une meilleure nutrition », a laissé entendre Qu Dongyu, directeur général de la Fao, lors de la présentation officielle, début avril, du rapport. Il a ajouté que « Le commerce peut aussi favoriser une utilisation plus rationnelle et durable au sein des systèmes agroalimentaires mondiaux de ressources naturelles devenues rares, comme les terres et l’eau, et contribuer à la diffusion des technologies modernes dans le monde entier ».
Les flux commerciaux dépendent des coûts de transport et de logistique qui augmentent avec la distance. S’ils n’avaient pas à faire face à des coûts commerciaux élevés, les pays commerceraient peut-être davantage, estiment les analystes. En ce sens, les mesures prises dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) seront importantes pour la croissance économique et le développement de la région, estime la Fao.
Il est question alors non seulement d’accroître la productivité, mais aussi et surtout d’abaisser les obstacles tarifaires et de réduire le coût des échanges afin de profiter des gains tirés du commerce international, recommandent les experts. En moyenne, les pays d’Afrique se caractérisent par une faible productivité par travailleur et une faible compétitivité. En 2019, la valeur ajoutée agricole par travailleur s’élevait en moyenne à 944 dollars Us dans les pays d’Afrique subsaharienne, parmi lesquels le Burkina Faso, l’Éthiopie, la Gambie, le Mozambique, le Niger et la République démocratique du Congo, contre 100 062 dollars Us (prix de 2015) aux États-Unis d’Amérique.

Mesures complémentaires

La suppression de tous les obstacles au commerce à l’intérieur de l’Afrique se traduirait par une baisse des prix des denrées alimentaires, une augmentation du produit intérieur brut (Pib) et une progression du pouvoir d’achat dans le secteur alimentaire. Toutefois, dans les pays à faible productivité agricole, l’ouverture commerciale peut occasionner des pertes, notamment pour les petits exploitants agricoles qui ne sont pas en mesure d’augmenter leurs rendements et de faire face à la concurrence sur des marchés plus ouverts.
Il s’avère nécessaire de déployer des politiques complémentaires pour réduire les inégalités qui sont susceptibles d’apparaître et améliorer l’accès des producteurs aux technologies et aux intrants modernes. Dans les pays à faible revenu, indique le rapport de la Fao, l’adoption de nouvelles technologies par les agriculteurs peut être entravée par les dysfonctionnements du marché et des coûts de transaction élevés qui inhibent le commerce. Les mesures de soutien interne telles que les subventions visent à améliorer l’accès des agriculteurs aux intrants. Le soutien direct aux revenus contribue à ce que les revenus agricoles restent alignés sur l’évolution des revenus dans les autres secteurs de l’économie.
La Fao indique aussi que les restrictions à l’exportation peuvent faire baisser le prix intérieur des aliments et soutenir la sécurité alimentaire à court terme. Source importante de recettes publiques, les droits de douane peuvent être utilisés pour protéger les agriculteurs locaux contre la concurrence internationale, réduire la dépendance à l’égard des importations et favoriser l’autosuffisance en aliments de base, ajoutent-ils. Toutefois, nuancent les économistes, ces mesures peuvent fausser les prix et influencer les échanges commerciaux, tout comme les mesures non tarifaires sanitaires et phytosanitaires visant à assurer la sécurité sanitaire des aliments ■