La Nation Bénin...
« Je ne lui pardonnerai jamais ! » Qui n'a jamais entendu une telle déclaration de la part de quelqu'un qui s'est senti profondément blessé par une autre personne ? Oui, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'est pas facile de pardonner. Et c'est ce qui explique la question de Saint Pierre dans l'Évangile proposé à notre méditation aujourd'hui : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu'à sept fois ? » Notre Seigneur lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois. » Cela signifie toujours, sans limites, tout comme Dieu lui-même qui est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour.
Ainsi, Notre Seigneur nous enseigne que nous devons avoir une miséricorde infinie envers notre prochain.
Mais lui-même reconnaît ailleurs que personne n'est bon, sinon Dieu seul. Ainsi, même s'il nous enseigne à avoir une miséricorde infinie, il est clair que notre miséricorde n'est pas séparée de celle de Dieu. Nous, êtres humains, ne pouvons être véritablement miséricordieux qu'à travers la miséricorde de Dieu qui nous accorde de le devenir. C'est pourquoi chacun d'entre nous a besoin de sa grâce, encore et encore, pour être capable de s'humilier et de pardonner à ceux qui nous ont offensés. Ici, nous devons souligner la nécessité pour nous de prier pour ceux qui ont péché contre nous et aussi pour ceux que nous considérons comme nos ennemis.
Prier pour ses ennemis est un moyen puissant de se guérir soi-même de la maladie de la rancœur et du ressentiment qui nous empêche de pardonner. Prier pour son ennemi est un moyen de briser les barrières qui empêchent le pardon. Ainsi donc, nous ne pouvons pas vouloir pardonner à ceux qui ont péché contre nous en mettant de côté la nécessité de la prière, qui doit devenir la respiration du fidèle. Prions encore et encore afin d'être capables de faire ce que notre Seigneur a fait et continue de faire pour chacun d'entre nous jour après jour : pardonner !
Mais nous devons savoir que le pardon que Notre Seigneur nous enseigne n'annule pas la nécessité de la justice dans la société. Il est normal que quiconque est justement condamné purge sa peine afin qu'il ou elle soit libéré(e) et guéri(e) de ce qui est la cause de sa condamnation. C'est à cet égard que « le pardon peut devenir une faute » s'il encourage le crime et les criminels. Gardons la différence et, de la même manière, la nécessité de devenir miséricordieux comme Notre Seigneur est miséricordieux ! Amen !
Frère Clément de Notre-Dame de Kokoubou, Monastère de Parakou, Bénin.