La Nation Bénin...
“South Africa for South africans. Protect our country...”. Nul besoin de traduction pour décrire le phénomène qui défraye la chronique de mobilisation d’autochtones sud-africains contre les immigrés. Sous la férule d’un mouvement dit March and March, marcher et marcher, encore et encore jusqu’à avoir gain de cause, c’est-à-dire jusqu’à ce que les pouvoirs publics prennent des mesures draconiennes souhaitées contre les immigrés en provenance de pays d’Afrique subsaharienne !
Clairement, une mobilisation qui tranche avec l’idéal de l’ubuntu, terme popularisé par les pères de la nation arc-en-ciel et notamment Nelson Mandela ou Desmond Tutu, qui peut se traduire par “Je suis parce que nous sommes”. Cette philosophie humaniste et les idéaux du vivre-ensemble qu’elle sous-entend n’ont vraisemblablement plus cours.
Que des Noirs en Afrique scandent “Rentrez chez vous !” à l’endroit d’autres Noirs, faisant valoir des arguments de partis classifiés racistes en Europe ou sur d’autres continents, laisse pantois : “Nous manquons d’air dans notre propre pays... Il y a trop de criminalité, de drogues...”, sont entre autres slogans qui portent cette action de rejet de l’autre.
On ne saurait mieux emprunter ou enlever le mot à la fachosphère. Ici comme là, le mot d’ordre étant idem : “ils doivent partir, Habahambe, le mot claque comme un coup de bâton, de Lagos à Harare avec la même violence qu’à Johannesburg. Ils doivent rentrer chez eux...”, tonnent les acteurs de cette scène nauséeuse.
Le miroir est cruel. Certes, la problématique soulevée est réelle. Mais aujourd’hui comme hier, aux vrais problèmes sont opposés de faux coupables. Attribuer le chômage, la saturation des services publics ou l’insécurité dans les townships à l’immigré zimbabwéen qui tient un spaza shop ou au Nigérian chauffeur de taxi, c’est se tromper d’adversaires. Une vieille recette bien connue : quand l’Etat est en défaut, on désigne le plus faible : l’étranger. Quand l’Etat ne donne plus de perspectives, la rue invente des boucs-émissaires. Et partout où l’espoir économique se retire, le repli identitaire avance
L'éditorial de Paul Amoussou