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Cardiaques s’abstenir : le foot, ce tribunal sans appel

Chroniques
Editorial de Paul AMOUSSOU Editorial de Paul AMOUSSOU

Au foot, l’Olympe et l’Abime se touchent. La distance tient en 90min. Dans ce sport-miroir de nos passions, la victoire érige des statues, la défaite dresse des potences. Génies couronnés d’hier, vitrifiés après coup. Mort à celui par qui la défaite survient, car dans le foot il n’y a pas de demi-mesure. La passion du football est telle qu’elle ouvre la voie à tous les excès, pour le meilleur et pas le pire. Pour la victoire rien que pour la victoire, et vous êtes porté en triomphe. Mais de l’Olympe aux Abysses, il n’y a qu’un pas. De Zinedine Zidane pour son coup de boule à Ibrahim Diaz pour son paneñka ratée, lob arrogant lorsqu’on manque son coup, sublime geste lorsqu’on le réussit. Dans tous les cas un choix techniquement risqué, qui rend l’experience périlleuse. 

Par   Paul AMOUSSOU, le 23 juin 2026 à 17h58 Durée 3 min.
#Cardiaques s’abstenir

Alors que la Coupe du monde bat son plein, la pression monte et c’est les joueurs qui trinquent ! Ronaldo passé au vitriol pour n’avoir pas marqué au premier match du Portugal à qui il a pourtant tout donné et qui a perdu face à une teigneuse RDC. Mbappe, chargé à fond avant même la compétition, a pour l’instant échappé, grâce à ses performances, à la vindicte qui l’attendait ! L’Ivoirien Adingra, hier porté aux nues est aujourd’hui l’objet de tous les quolibets pour avoir manqué le réflexe de frapper spontanément une balle qui a tout l’air d’être décisive pour la rencontre. Il en est de même pour Kalidou Koulibaly, héroïque capitaine des Lions de la Teranga, en méforme, semble-t-il, qui s’est révélé un défenseur passoire lors du match livré contre la Norvège. Et on en passe...

Cette intransigeance des passionnés du football, on la note nettement chez les commentateurs des matchs, versatiles devant l’éternel, qui ne tarissent pas d’éloges autant qu’ils vitriolent à souhait ! Éloges à midi, vitriol le soir venu. Cette cruauté publique phénoménale s’est accentuée à l’ère des réseaux sociaux. Le joueur est à peine entré dans le vestiaire qu’il se retrouve dans l’arène numérique pour le meilleur et pour les insultes. La cruauté est devenue virale, mondiale. L’émotion ne dort pas.

Au fil de ce couteau à double tranchant, les acteurs sur le terrain savent à quoi s’en tenir:  performer au risque de mourir médiatiquement. Cardiaques s’abstenir ! Une certitude toutefois, ce n’est pas le foot qui a rendu les gens méchants ! Le jeu n’est qu’un révélateur de nos pulsions.