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La réincarnation (atùnwa) chez les Yoruba : Ìyábọ̀ (la mère revient) et Bàbátúndé (le père revient)

Culture
La réincarnation (atùnwa) chez les Yoruba La réincarnation (atùnwa) chez les Yoruba

Autant l’Afrique est riche en culture, autant elle l’est en croyances. Les Yoruba, que l’on retrouve au Nigeria, au Bénin, au Togo et dans certains pays de la sous-région, constituent un peuple aux traditions extraordinaires. Chez eux, la réincarnation existe, et une grand-mère ou un grand-père décédé peut revenir sur terre à travers un nouveau-né.

 

 

 

Par   Karimath Foumilayo Lawani (coll.), le 26 oct. 2026 à 12h49 Durée 3 min.
#La réincarnation (atùnwa) chez les Yoruba

Les prénoms tels que Ìyábọ̀ et Bàbátúndé sont très fréquents chez les Yoruba. Étant donné que les prénoms attribués aux enfants portent en eux une histoire, une prédiction ou une réalité spirituelle, ces appellations ne sont jamais choisies de façon anodine.
Dans son ouvrage An Exposition of Ifá Literary Corpus (Oxford University Press / NISER, 1976, p. 113-114), le professeur Wande Abimbola explique :
« Selon la croyance d’Ifá, les êtres humains sont composés de deux parties principales : le corps physique (Ara) et l’âme spirituelle (Ẹ̀mí). Le corps physique se décompose à la mort, mais le Ẹ̀mí retourne à Òrun (le ciel), sa demeure d’origine. La mort n’est pas considérée comme la fin ultime de l’homme, mais comme un passage de Ayé (la terre) à Òrun… Les Yoruba croient au concept d’Atúnwá (la réincarnation). L’esprit d’un bon ancêtre (Alààyè) peut revenir sur terre pour renaître au sein de la lignée familiale, en prenant des noms tels que Bàbátúndé (Le père revient) ou Ìyábọ̀ (La mère revient). 
Beaucoup se demandent si le fait qu’un ancêtre puisse se réincarner à travers un nouveau-né ne pourrait pas être négatif pour ce dernier et lui porter préjudice dans sa vie.
Dans son livre Olódùmarè: God in Yoruba Belief (Longman, 1962), E. Bolaji Idowu apporte un éclairage précieux :
« La croyance yoruba en la réincarnation est une croyance en une réincarnation partielle… L’ancêtre qui se réincarne dans un enfant est toujours censé continuer son existence dans Òrun. Ce n’est pas que l’ancêtre lui-même revient tout entier dans l’enfant, mais que ses traits ou ses qualités se reproduisent chez le nouveau-né. »
Cependant, il convient de noter que les prénoms Ìyábọ̀ et Bàbátúndé tendent peu à peu à disparaître. Certains parents préfèrent les utiliser comme des surnoms affectueux plutôt que comme prénoms officiels, les jugeant parfois désuets ou trop populaires. D’autres choisissent de ne plus les donner à leurs enfants en raison de leurs convictions religieuses, qui rejettent le concept de la réincarnation au profit de prénoms bibliques ou coraniques.
Malgré ces mutations, la tradition yoruba demeure vivace au sein de certaines familles conservatrices qui font de leur mieux pour préserver leurs vestiges.