La Nation Bénin...
Les blocs opératoires connaissent
aujourd’hui une véritable révolution grâce aux technologies de pointe.
Cependant, les savoirs ancestraux subsistent et continuent d’exister. Qu’en
est-il de la médecine traditionnelle à cette ère moderne ?
La médecine traditionnelle et la médecine moderne cohabitent aujourd’hui dans une relation de complémentarité, tout en étant confrontées à certains défis à l’échelle contemporaine. En effet, plus de 80 % de la population béninoise, ainsi qu’une proportion importante des populations africaines, soit environ 70 %, ont recours à la médecine traditionnelle. « La médecine traditionnelle est la plus ancienne des médecines, elle en est la mère, car elle utilise les cellules souches de la nature pour la guérison. C’est une croyance de vertu et un héritage ancestral », atteste Dah Senami, tradipraticien à Pharmacoopée Herbo. D’après ses propositions, la médecine traditionnelle traite de nombreux maux, parmi lesquels le paludisme et la faiblesse sexuelle sont particulièrement répandus. Elle définit l’ensemble des savoirs, pratiques, croyances et remèdes à base de plantes ou d’origine animale, transmis de génération en génération. Très appréciée pour son accessibilité, son coût abordable et son approche holistique, elle constitue une réponse adaptée aux besoins de nombreuses populations.
En revanche, la médecine moderne ou
biomédecine repose sur une science rigoureuse, la technologie et des essais
cliniques validés. Elle privilégie la recherche scientifique afin d’assurer une
efficacité et une sécurité optimales dans le traitement des pathologies.
Les enjeux modernes
De plus en plus de pays, ainsi que
l’Organisation mondiale de la santé (OMS), militent en faveur de l’encadrement
de la recherche scientifique et de la normalisation des produits issus de la
pharmacopée traditionnelle. À cette fin, des instituts de recherche collaborent
désormais avec les tradipraticiens pour améliorer la qualité, l’hygiène et la
sécurité des remèdes et des produits. Plutôt qu’une opposition stérile,
nombreux sont ceux qui présentent une véritable passerelle où les patients
peuvent bénéficier des deux approches. Par exemple, cette synergie peut
s’avérer bénéfique dans le suivi de pathologies chroniques ou lors du recours à
la médecine moderne en situation d’urgence.
Les défis à relever
Parmi les principaux obstacles, on peut
citer le manque de dosages normalisés, l’absence parfois de preuves cliniques
sur certains produits ainsi que la déforestation qui menace la disponibilité
des plantes médicinales. La reconnaissance juridique officielle des praticiens
constitue également un enjeu majeur. Dah Senami souligne que « le problème
réside dans le fait que la médecine traditionnelle n’est pas toujours encadrée
légalement, car la transmission se fait souvent de père en fils. Cependant,
avec le ministère de la Santé, il est possible de s’enregistrer et d’exercer
dans la légalité ». Selon lui, une mauvaise manipulation des plantes représente
un risque mortel et un encadrement professionnel est indispensable pour éviter
tout dérapage. Par ailleurs, le phénomène des arnaqueurs, appelés gaymen, qui
inondent le marché avec de faux profils et sans aucune expérience, ternit
l’image de la pharmacopée béninoise, pourtant très riche. « Si l’État soutenait
la pharmacopée authentique en lui offrant un accès illimité aux laboratoires,
la médecine traditionnelle pourrait connaître un avenir prometteur », insiste
Dah Senami.
La médecine traditionnelle est souvent
louée pour son coût abordable et son accessibilité, tandis que la médecine
moderne est reconnue pour ses avancées technologiques. La médecine chinoise
illustre parfaitement la jonction entre ces deux approches, étant la preuve
vivante qu’il est possible de conjuguer tradition et modernité. La richesse de
cette synergie constitue une opportunité que le pays pourrait exploiter
pleinement.
Médecine traditionnelle à l’ère moderne