La Nation Bénin...
Dans l’habillement traditionnel, notamment au Bénin, le chapeau appelé Gôbi dépasse de loin sa fonction première de simple protection contre le soleil, la rosée ou la pluie. Il s’impose comme un complément vestimentaire indispensable pour parfaire l’élégance et soigner l’image de celui qui l’arbore. Il structure la silhouette, couronne la tenue et transforme la perception publique du porteur.
Complément vestimentaire, il relève l’élégance et soigne la personnalité du porteur qu’il surclasse de façon systématique par rapport aux crânes nus. C’est un identifiant important de la culture autochtone chez les Goun et les Yoruba notamment. C’est un avis partagé par Charles Ligan, professeur titulaire de linguistique africaine descriptive et terminologie, qui a consacré un ouvrage au chapeau en 2014.
La fonction la plus fascinante du Gôbi, un couvre-tête, réside dans sa capacité à communiquer sans mots parce que la manière dont il est positionné sur la tête constitue un véritable code sémiotique que les initiés savent décoder.
« Droit et haut sur la tête, il exprime la puissance, le pouvoir suprême et l’autorité », explique Charles Ligan. C’est la posture des grands dignitaires. Le porter ainsi sans en avoir la légitimité peut être perçu comme un acte de défiance. « Rabattu à gauche, en milieu porto-novien, notamment chez les Goun, Tori… », renchérit-il, « cela symbolise la noblesse. Le porteur revendique, de ce fait, son identité culturelle. Par contre, rabattu à droite, il exprime l’élégance festive, la joie et la gaieté », ajoute l’expert. Cela est courant chez les populations yorubas.
Au-delà de l’esthétique, le Gôbi est une extension de l’identité géopolitique et régionale du porteur. À l’étranger, il permet de localiser immédiatement ses origines béninoises ou nigérianes et témoigne d’une fierté culturelle retrouvée, y compris chez les jeunes générations.
« De plus, informe le professeur, l’histoire traditionnelle attribue au chapeau une fonction de protection mystique ou de refuge discret. » Les anciens y dissimulaient parfois des objets de défense contre les attaques invisibles, ou s’en servaient de manière plus anecdotique pour emporter discrètement quelques présents à la fin d’un banquet.
Au demeurant, Charles Ligan conseille : « Pour que le chapeau joue pleinement son rôle valorisant, il doit être confectionné sur mesure par un chapelier spécialisé, en parfaite harmonie avec un pagne ordinaire ou tissé de la tenue. » Pour ce faire, « un chapeau acheté à la sauvette perd son pouvoir d’élégance », avertit-il.
Enfin, prévient-il, « l’habillement exige une rotation. Ce qui implique qu’un seul chapeau ne saurait s’accorder avec toutes les tenues ». D’où, savoir choisir et positionner son couvre-chef, c’est maîtriser l’art de révéler sa propre dignité.