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Afrique subsaharienne: Le Fmi alerte sur la fragilité de la crédibilité budgétaire des États

Economie

Le Fonds monétaire international (Fmi) met en garde contre les écarts persistants entre les prévisions budgétaires et les résultats réels dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne. Dans un récent Focus-Pays consacré à la crédibilité budgétaire, l’institution souligne que les dépassements de dépenses, les prévisions de recettes trop optimistes et la sous-exécution des investissements publics fragilisent les économies africaines et compromettent les objectifs de développement.

 

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 01 juin 2026 à 07h02 Durée 3 min.
#Afrique subsaharienne

Les budgets publics en Afrique sont de plus en plus confrontés à une crise de crédibilité. C’est l’un des principaux constats dressés par le Fonds monétaire international (Fmi) dans un récent document consacré à la situation budgétaire des pays d’Afrique subsaharienne. Intitulée « La crédibilité budgétaire, ancrage d’une économie plus performante pour l’Afrique », l’étude met en lumière les difficultés croissantes des États à respecter leurs engagements financiers et à exécuter efficacement leurs plans budgétaires. Selon le Fmi, la crédibilité budgétaire constitue pourtant un élément essentiel de la stabilité économique. Des budgets fiables et exécutés conformément aux prévisions renforcent la confiance des citoyens, des investisseurs et des partenaires financiers. À l’inverse, les écarts répétés entre les annonces et les réalisations finissent par affaiblir l’efficacité des politiques publiques. Le document souligne que les pays de la région sont confrontés à un environnement de plus en plus complexe. Durcissement des conditions financières internationales, tensions sur les dépenses publiques, chocs économiques fréquents et vulnérabilités structurelles rendent la gestion budgétaire particulièrement difficile. Pour étayer ses conclusions, le Fmi s’appuie sur une nouvelle base de données couvrant 39 pays d’Afrique subsaharienne entre 2021 et 2024. L’analyse révèle que les écarts entre budgets adoptés et résultats effectifs ne sont pas exceptionnels, mais persistants et parfois très importants. Les déficits budgétaires dépassent régulièrement les prévisions initiales. En cause notamment, des estimations de recettes souvent trop optimistes et une progression des dépenses courantes au-delà des enveloppes prévues. Les dépenses liées aux salaires des fonctionnaires, aux biens et services ainsi qu’aux transferts publics figurent parmi les principaux facteurs de dérapage budgétaire. Le Fmi note que ces dépassements s’accentuent généralement lorsque les États enregistrent des recettes exceptionnelles, traduisant ainsi une faible maîtrise des dépenses et un comportement jugé procyclique. L’étude attire également l’attention sur la sous-estimation fréquente des charges d’intérêts de la dette. Une situation qui accroît davantage les tensions budgétaires dans un contexte où plusieurs économies africaines font déjà face à une hausse du coût de l’endettement.

Situation des investissements publics

C’est surtout la situation des investissements publics qui inquiète l’institution financière internationale. Le rapport observe que les dépenses en capital sont régulièrement sous-exécutées lorsque les recettes fiscales sont inférieures aux attentes ou lorsque les dons extérieurs tardent à être mobilisés. Dans les faits, les investissements destinés aux routes, aux infrastructures sanitaires, aux écoles ou aux équipements publics deviennent les principales variables d’ajustement face aux difficultés budgétaires. Une tendance préoccupante pour une région où les besoins de développement restent considérables. Le Fmi souligne également que plusieurs gouvernements fondent leurs budgets sur des hypothèses jugées excessivement optimistes concernant les dons et appuis extérieurs. Lorsque ces financements ne se matérialisent pas à temps, les États se retrouvent confrontés à d’importants déficits de financement en cours d’exercice budgétaire. L’étude cherche surtout à comprendre les causes profondes des dysfonctionnements observés. Pour les auteurs de l’étude, tous les déficits budgétaires ne traduisent pas les mêmes problèmes et nécessitent donc des réponses différentes. Le document met notamment l’accent sur la composition des écarts budgétaires plutôt que sur leur seul niveau global. Cette approche permet d’identifier plus précisément les faiblesses des systèmes de gestion des finances publiques dans plusieurs pays africains. Le Fmi estime ainsi que la faiblesse de la crédibilité budgétaire nuit directement aux performances macroéconomiques. Lorsque les budgets sont peu fiables, les investisseurs hésitent davantage, les partenaires techniques deviennent plus prudents et les programmes de développement perdent en efficacité. La question dépasse donc le simple cadre technique des finances publiques. Elle touche aussi à la gouvernance économique, à la capacité des États à planifier leurs priorités et à maintenir la confiance des populations.

Face à ces défis, l’étude appelle les gouvernements africains à renforcer leurs dispositifs budgétaires dans un contexte mondial marqué par des incertitudes croissantes. Une meilleure maîtrise des dépenses courantes, des prévisions de recettes plus réalistes et une amélioration des mécanismes de suivi budgétaire figurent parmi les pistes évoquées. L’institution insiste également sur la nécessité de protéger les investissements publics, considérés comme essentiels pour soutenir la croissance et répondre aux besoins des populations en infrastructures et services sociaux.