La Nation Bénin...
Au Bénin, la mobilisation des
ressources intérieures ne tolère aucun passe-droit ni perception arbitraire. À
travers la loi n° 2018-16 portant Code pénal, le législateur a érigé des
garde-fous stricts contre la concussion : tout agent public exigeant des taxes
non dues ou toute autorité accordant des franchises fiscales illégales encourt
des peines allant jusqu’à dix ans d’emprisonnement ferme.
Le principe constitutionnel de
la légalité de l’impôt ne protège pas seulement le Trésor public contre
l’incivisme des contribuables : il protège également les citoyens contre
l’arbitraire des percepteurs. Si l’administration fiscale et les collectivités
locales intensifient la collecte des impôts, le Code pénal béninois veille à ce
que cette mission s’exécute dans le respect strict des textes. Toute dérive
consistant à rançonner les usagers ou à inventer des taxes imaginaires tombe
sous le coup de la concussion, une qualification lourdement réprimée par la
justice.
En effet, l’article 331 du
Code pénal dispose sans ambiguïté que tout agent de l’État, d’un établissement
public, d’une commune, tout officier public ou percepteur qui reçoit, exige ou
ordonne de percevoir des droits, taxes ou contributions qu’il savait n’être pas
dus, ou excéder ce qui était légalement dû, commet une infraction majeure. Pour
les fonctionnaires titulaires, les officiers publics ou les percepteurs, la
peine encourue est un emprisonnement de quatre à dix ans. Quant à leurs commis
ou préposés de terrain, ils risquent deux à cinq ans de prison. En outre, le
tribunal peut prononcer une interdiction d’exercer leurs droits civiques ou
professionnels pendant une durée maximale de dix ans, assortie d’une
interdiction de séjour de cinq à dix ans.
Par ailleurs, cette rigueur
pénale ne se limite pas au simple acte matériel de recouvrement. Aux termes de
l’article 333 du Code pénal béninois, tout détenteur de l’autorité publique qui
ordonne des contributions directes ou indirectes autres que celles expressément
autorisées par la loi, ainsi que tout fonctionnaire qui en établit les rôles ou
en assure le recouvrement, subit les mêmes peines criminelles ou
correctionnelles.
À l’opposé du racket, l’octroi de faveurs indues est tout aussi sévèrement puni. L’article 334 du Code pénal neutralise le clientélisme en assimilant à la concussion le fait pour une autorité d’accorder, sans fondement légal, des exonérations ou franchises d’impôts, droits ou taxes publiques, ou de délivrer gratuitement des produits appartenant aux établissements étatiques. Dans cette logique, la loi frappe avec la même sévérité les bénéficiaires de ces privilèges occultes, poursuivis comme complices et exposés aux mêmes sanctions.
En définitive, ces dispositions pénales érigées dans le Code rappellent que l’impôt relève du domaine exclusif de la loi. À l’heure où les juridictions spécialisées comme la Criet traquent les malversations financières, percepteurs zélés et décideurs complaisants savent désormais que le moindre écart par rapport à la grille fiscale officielle conduit directement devant la barre et derrière les barreaux.
Concussion et fiscalité parallèle