La Nation Bénin...
A l’initiative du quotidien La Nation, une conférence virtuelle consacrée à la structuration des Petites et moyennes entreprises (Pme) et des start-up s’est tenue ce lundi 8 juin. Réunissant plusieurs experts de l’écosystème entrepreneurial africain, la rencontre a permis d’aborder les conditions nécessaires à la réussite des jeunes entreprises. Au cœur des échanges, la formalisation des activités, la structuration des projets et l’accès au financement.
Face aux défis de l’emploi et de la croissance économique, les Pme et start-up apparaissent de plus en plus comme des leviers essentiels de création de richesse. Mais pour transformer une idée en entreprise viable et durable, plusieurs étapes s’imposent. C’est autour de cette problématique que s’est articulée la conférence virtuelle organisée par le journal La Nation sur le thème: « La structuration des Pme et start-up : renforcement, atouts ». Sous la modération de Karine Oriot, les intervenants ont insisté sur l’importance d’une démarche progressive, allant de la maturation du projet à sa formalisation juridique, en passant par la validation du modèle économique. L’un des principaux enseignements des échanges concerne la nécessité pour les entrepreneurs de bien comprendre le moment opportun pour formaliser leur activité. Les experts ont expliqué qu’au stade de l’idée ou des premières expérimentations, une start-up n’est pas forcément tenue de se constituer immédiatement en entreprise formelle. Une formalisation prématurée peut parfois exposer le promoteur à des obligations administratives et fiscales alors même que son activité n’a pas encore généré de revenus significatifs.
Toutefois, dès lors que les premiers contrats apparaissent, que les relations commerciales se multiplient ou que les besoins de financement deviennent plus importants, la formalisation devient une étape indispensable. Représentant de l’International Trade Centre (Itc), Donald Anani a rappelé que le Bénin dispose aujourd’hui d’un cadre réglementaire favorable à l’entrepreneuriat. Pour lui, la formalisation constitue un passage obligé pour toute entreprise souhaitant accéder aux opportunités de financement, nouer des partenariats ou intégrer les programmes publics d’accompagnement. « Une entreprise a besoin de se formaliser juridiquement », a-t-il insisté, tout en soulignant que l’idée seule ne suffit pas à garantir la réussite d’un projet entrepreneurial.
Structurer avant de chercher des financements
Les différents intervenants ont également mis en garde contre une erreur fréquente chez de nombreux jeunes entrepreneurs qui vont à la recherche des financements avant même d’avoir validé leur modèle économique. Fondateur d’Africagora, Dogad Dogoui a rappelé que la réussite d’une start-up repose avant tout sur sa capacité à répondre à un besoin réel du marché. A l’en croire, la première étape consiste à identifier précisément les attentes des clients, à réunir les compétences nécessaires et à définir une stratégie économique viable. « On ne s’improvise pas entrepreneur», a-t-il déclaré, estimant que l’amateurisme constitue l’un des principaux facteurs d’échec des jeunes entreprises. L’expert recommande aux promoteurs de démarrer à petite échelle afin de tester leur concept avant de rechercher des financements externes. Pour illustrer son propos, il a pris l’exemple d’une activité de taxi-moto. Selon lui, l’entrepreneur gagnerait à commencer avec un premier équipement, à évaluer sa rentabilité puis à démontrer la viabilité du modèle avant d’envisager l’acquisition d’un parc plus important grâce à des investisseurs ou à des prêts. Cette logique de progression graduelle permet de rassurer les bailleurs de fonds et de réduire les risques liés à l’investissement.
Le financement existe, mais reste mal connu
La question de l’accès au financement a occupé une place centrale dans les débats. Pour Michael Tapsoba, représentant pays de Proparco/Afd, le principal problème des entrepreneurs africains n’est pas nécessairement l’absence de ressources financières, mais plutôt le déficit d’information sur les dispositifs existants. «La plupart des entrepreneurs ne savent pas ce qui existe comme opportunités sur le marché », a-t-il regretté. Pour lui, de nombreux promoteurs brûlent les étapes en sollicitant des financements sans avoir élaboré un plan d’affaires crédible ou sans avoir établi de relations avec les institutions financières. L’expert estime qu’un projet solide et bien structuré trouve généralement des solutions de financement adaptées. Il a également invité les jeunes entrepreneurs à adopter une meilleure discipline financière en privilégiant les investissements productifs plutôt que les dépenses de prestige. Pour Michael Tapsoba, le développement d’un véritable écosystème entrepreneurial passe également par une plus forte implication des pouvoirs publics. Il a déploré le fait que dans les pays africains, plusieurs mécanismes de financement annoncés ne soient pas encore pleinement opérationnels, malgré leur potentiel pour soutenir la croissance des Pme.
Les intervenants ont toutefois reconnu les efforts entrepris ces dernières années pour accompagner les entreprises béninoises. Donald Anani a notamment rappelé l’existence de fonds publics destinés aux Pme ainsi que les initiatives portées par des structures telles que Sèmè City dans l’accompagnement des start-up, notamment dans les secteurs du numérique et de l’innovation. Selon lui, la réussite de l’entrepreneuriat béninois repose sur trois piliers essentiels: un environnement réglementaire favorable, des structures d’accompagnement performantes et des mécanismes de financement suffisamment souples pour répondre aux réalités du terrain.