La Nation Bénin...
Le Rapport Pays 2026 de la Bad estime à 1 370 milliards F Cfa par an jusqu’en 2030, le besoin additionnel de financement du développement du Bénin. Dans un environnement marqué par la fragmentation des financements extérieurs, la Banque préconise de diversifier les sources de capitaux, d’améliorer la bancabilité des projets et de mieux mobiliser les ressources nationales.
Le Bénin doit changer d’échelle dans la mobilisation des ressources destinées à financer son développement. Le besoin additionnel est estimé à 2,43 milliards de dollars Us par an jusqu’en 2030, soit environ 1 370 milliards de F Cfa au taux de change courant, selon le Rapport Pays 2026 de la Banque africaine de développement (Bad). Ce besoin s’inscrit dans un contexte marqué par la fragmentation des ressources concessionnelles et des financements extérieurs.
Pour la Bad, la réponse passe par une combinaison de sources: mobilisation des ressources intérieures, partenariats public-privé (Ppp), marchés de capitaux, financements innovants et, à terme, éventuel fonds souverain. L’enjeu est de diversifier les canaux de financement tout en améliorant la capacité du pays à transformer ses besoins d’investissement en opérations effectivement finançables.
Le rapport met en évidence une difficulté majeure. Sur les 12 projets initiés au Bénin en 2023-2024, seuls trois ont atteint le bouclage financier, selon les données de la Facilité africaine de soutien juridique citées par la Bad. L’Afrique du Sud en compte 20 et le Sénégal neuf.
Le développement des Ppp constitue l’une des pistes pour mobiliser des capitaux supplémentaires, mais leur succès dépend de la qualité des projets proposés aux investisseurs. Études techniques et économiques, évaluation de la demande, structuration financière, partage des risques et sécurisation des revenus sont autant d’étapes nécessaires avant le bouclage.
Trois mécanismes à opérationnaliser
La Bad recommande ainsi de renforcer les facilités de préparation de projets, destinées à financer les études et les opérations de maturation nécessaires à la constitution d’un portefeuille bancable.
Le Bénin dispose depuis 2024 d’un cadre juridique renouvelé avec la loi n° 2024-30 du 23 juillet 2024 portant cadre juridique du partenariat public-privé. La capacité de l’administration à sélectionner les projets, évaluer les risques, négocier les contrats et en assurer le suivi reste toutefois déterminante.
Présentant les conclusions du rapport, Dr Tankien Dayo, économiste pays principal de la Bad, a identifié trois mécanismes susceptibles d’élargir les possibilités de financement des infrastructures par les Ppp.
Le premier est le financement du déficit de viabilité : une subvention ciblée permet de rendre finançable un projet dont la rentabilité ne suffit pas, en l’état, à attirer le secteur privé. Le deuxième est le recyclage des actifs publics, qui consiste à valoriser ou monétiser des infrastructures existantes afin de dégager des ressources pour de nouveaux investissements. Le troisième est la titrisation, qui transforme des flux de trésorerie futurs en titres négociables sur les marchés de capitaux.
Ces mécanismes ne sont toutefois pas sans risques. Les garanties publiques, les engagements contractuels et les modalités de rémunération des partenaires privés peuvent avoir des incidences sur les finances publiques à moyen et long termes.
Mieux mobiliser les ressources nationales
La recherche de nouveaux financements passe également par une meilleure utilisation des ressources publiques. La Bad estime à 56 % l’efficacité de l’investissement public au Bénin, contre 59 % en moyenne africaine, soit un potentiel d’amélioration de 44 %. Le Ghana et le Cap-Vert dépassent, selon les données présentées, 74 %.
L’amélioration de cette efficacité constitue un enjeu alors que les besoins restent élevés dans les infrastructures, l’énergie, les transports, le numérique et le développement industriel. La Zone économique de Glo-Djigbé (Gdiz) illustre cette dynamique, avec des besoins connexes en énergie, transport, logistique et services numériques liés à l’essor des activités industrielles.
Un fonds souverain en perspective
La Bad recommande également d’examiner la création d’un fonds souverain, notamment dans la perspective des futures ressources extractives. La reprise attendue de l’exploitation pétrolière sur le champ de Sèmè pourrait ouvrir une possibilité de constitution progressive de ressources de long terme.
Un tel fonds pourrait canaliser une partie des revenus extractifs, épargner, investir et éventuellement co-investir avec des fonds institutionnels ou internationaux. Son efficacité dépendrait toutefois de ses règles de gouvernance, de gestion et d’investissement.
Les besoins énergétiques donnent une illustration concrète de l’ampleur des investissements à financer. Le projet de barrage hydro-multifonction de Dogo-Bis, destiné à renforcer la production d’électricité, sécuriser l’approvisionnement en eau et soutenir le développement agro-industriel dans la vallée de l’Ouémé, a obtenu en juillet 2026 un financement de 150 millions de dollars de la Banque mondiale. Ce financement n’est pas un Ppp, mais il illustre la diversité des instruments mobilisables pour les infrastructures structurantes.
Avec un besoin additionnel d’environ 1 370 milliards de F Cfa par an jusqu’en 2030, l’équation du financement du développement repose ainsi sur la diversification des sources et la qualité des projets. Pour le Bénin, la capacité à constituer un portefeuille bancable, à mobiliser les capitaux privés et nationaux et à maîtriser les risques liés aux engagements de long terme sera déterminante pour élargir les ressources disponibles au financement de sa transformation.