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La valeur ajoutée manufacturière de l’Afrique est passée de 281 milliards de dollars en 2020 à 322 milliards en 2025. Malgré cette progression, le continent peine encore à transformer cette dynamique en véritable transformation structurelle. Faible intensité technologique, insuffisance des infrastructures, accès limité au financement et déficit de compétences continuent de peser sur la compétitivité et la création de valeur.
L’industrialisation africaine avance, mais à un rythme encore insuffisant pour modifier en profondeur la structure des économies du continent. C’est l’un des constats de la Revue annuelle sur l’efficacité du développement 2026 de la Banque africaine de développement (Bad). Selon le rapport, les systèmes productifs africains, capacités de fabrication, zones industrielles, systèmes financiers et infrastructures numériques restent partiellement développés et faiblement intégrés. Cette situation limite la création de valeur ajoutée, les gains de productivité et l’expansion d’industries compétitives. Le secteur manufacturier montre pourtant des signes de dynamisme. Sa valeur ajoutée est passée de 281 milliards de dollars en 2020 à 322 milliards en 2025. Cette progression traduit une reprise et une expansion de la production industrielle malgré les difficultés économiques mondiales. Mais cette croissance quantitative ne s’est pas encore accompagnée d’un changement structurel significatif. L’industrie manufacturière conserve une place relativement modeste dans le Produit intérieur brut (Pib) africain. Elle demeure concentrée dans des activités à faible intensité technologique, notamment les produits alimentaires, les boissons et les minéraux non métalliques. Les industries de moyenne et de haute technologie ne représentent, elles, qu’une faible part de la production. Le poids du continent dans l’industrie mondiale reste également limité. L’Afrique ne représente qu’environ 2 % de la production manufacturière mondiale et 1,4% des exportations. Les performances varient par ailleurs selon les régions. L’Afrique du Nord arrive en tête de la production industrielle, tandis que les progrès enregistrés récemment en Afrique de l’Ouest n’ont que partiellement compensé les reculs observés en Afrique australe.
Des gains de productivité encore faibles
La progression de la production ne se traduit pas encore suffisamment par une amélioration de la productivité. La valeur ajoutée manufacturière par habitant s’est établie à environ 226,7 dollars en 2025, contre un pic de 254,9 dollars en 2014. Pour la Bad, cet indicateur montre que la croissance industrielle ne s’est pas encore transformée en gains durables de productivité et en véritable transformation structurelle. Le nombre d’emplois dans le secteur manufacturier a néanmoins augmenté de près de 35 % depuis 2015. Les femmes représentent désormais 46 % de la main-d’œuvre du secteur. Cette progression reste toutefois concentrée dans les segments à faible productivité, ce qui limite la contribution de l’industrie à la diversification économique et à la compétitivité des exportations.
Le défi est encore plus manifeste dans le secteur des ressources naturelles. L’Afrique dispose d’importantes réserves, représentant notamment 30 % des réserves minérales mondiales, 12 % des réserves mondiales de pétrole et 65 % des terres arables de la planète. Pourtant, une grande partie des exportations reste constituée de matières premières ou de produits faiblement transformés.
La part de l’Afrique dans la valeur marchande des produits de base transformés est ainsi restée stable, à 10,4 %, entre 2020 et 2024. Cette stagnation illustre les difficultés du continent à développer ses capacités de transformation industrielle. L’accès aux technologies, les déficits d’infrastructures et la faible articulation entre production et transformation constituent notamment des freins persistants. La Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) apparaît toutefois comme un levier potentiel. Ratifiée par 49 pays au moment de l’établissement du rapport, elle devrait, selon celui-ci, stimuler le commerce industriel intra-africain de 35,7% d’ici 2045. L’élargissement des marchés régionaux pourrait ainsi renforcer la demande de produits transformés et favoriser la création de valeur ajoutée.
Des zones industrielles encore sous-exploitées
Autre levier de l’industrialisation, les Zones économiques spéciales (Zes). Plus de 230 Zes ont été mises en place dans 42 pays africains. Elles sont conçues pour attirer les investissements, favoriser les exportations et améliorer la compétitivité grâce aux infrastructures et à la simplification des procédures. Mais leur efficacité reste inégale. Selon la Bad, seule une petite proportion, environ 15 %, fonctionne à pleine capacité. De nombreuses zones sont confrontées à des problèmes d’approvisionnement en électricité et en eau ainsi qu’à des insuffisances dans les réseaux de transport. Leur impact sur la transformation industrielle demeure donc limité, notamment en raison de liens encore insuffisants avec les entreprises et les chaînes de valeur nationales.
Le développement industriel se heurte également à un déficit de financement. Malgré les progrès de l’inclusion financière, notamment grâce à l’argent mobile, l’accès des entreprises au financement demeure insuffisant. Le déficit de financement des micro, petites et moyennes entreprises (Mpme) en Afrique est estimé à plus de 300 milliards de dollars. Le numérique constitue, de son côté, une nouvelle source d’opportunités. Les réseaux à haut débit, les centres de données et les plateformes numériques facilitent l’accès aux marchés, réduisent les coûts de transaction et favorisent l’innovation. L’adoption de l’intelligence artificielle progresse également dans plusieurs secteurs productifs. Mais le continent reste confronté à de fortes pénuries d’énergie et à des coûts élevés d’infrastructures informatiques. Sa part dans la capacité mondiale des centres de données demeure inférieure à 2 %. Pour accélérer l’industrialisation, la Bad souligne ainsi la nécessité de lever les contraintes liées au financement, aux infrastructures, aux compétences et aux technologies. Le renforcement des liens entre production et transformation, l’intégration des chaînes de valeur régionales et l’amélioration des capacités numériques apparaissent comme des conditions essentielles pour permettre au continent de passer d’une hausse de la production à une véritable transformation industrielle.
Le continent africain peine encore à transformer ses matières premières et à accroître sa part dans les chaînes de valeur mondiales