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Cotonou a accueilli, jeudi 12 mars, la cérémonie de première cotation des titres du Fonds commun de titrisation de créances (FCTC) Keur Samba – compartiment NSIA Banque Bénin 2025-2033. D’un montant nominal de 52 milliards F CFA et sursouscrite à plus de 60 milliards, l’opération marque une étape importante pour le financement des petites et moyennes entreprises dans la zone UEMOA.
Jeudi 12 mars 2026. Il est 10 h 45 lorsque retentit la traditionnelle sonnerie de cloche marquant la première cotation des titres du Fonds commun de titrisation de créances (FCTC) Keur Samba – compartiment NSIA Banque Bénin 2025-2033 à la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM).
Organisée à Cotonou en présence de responsables d’institutions financières régionales et internationales, de représentants du gouvernement béninois, de dirigeants de banques et d’investisseurs, la cérémonie consacre l’entrée officielle des titres à la cote du marché financier régional.
Structurée dans le cadre du Programme Keur Samba initié par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), l’opération constitue la première titrisation réalisée par une banque au Bénin et s’inscrit dans la dynamique de mobilisation des marchés de capitaux pour soutenir le financement de l’économie.
« La titrisation n’est pas une simple technique financière. Il s’agit d’un véritable outil de transformation économique qui incarne la complémentarité entre le système bancaire et le marché financier », explique Edoh Kossi Amènounvè, directeur général de la BRVM.
Selon lui, ce mécanisme permet aux banques de transformer leurs actifs en liquidités et de libérer de nouvelles capacités de financement pour les entreprises. Car malgré les performances économiques, comme au Bénin avec une croissance moyenne d’environ 7 % ces dernières années, la question du financement des PME demeure cruciale, souligne-t-il.
Une opération sursouscrite
Portée par NSIA Banque Bénin, l’émission lancée du 20 juin au 10 juillet 2025 pour un montant nominal de 52 milliards F Cfa, a suscité un vif intérêt sur le marché. Les demandes ont atteint plus de 60 milliards F Cfa, soit un taux de sursouscription d’environ 15 %, confirmant l’attrait des investisseurs pour des instruments financiers innovants et structurés, se réjouit Anicet Patrick Okoma, directeur général de NSIA Banque Bénin.
« Cette opération illustre la capacité de nos institutions à porter des instruments financiers modernes dans leur mission de financement de l’économie », déclare-t-il.
Selon lui, cette transaction traduit l’engagement de la banque à développer des solutions financières innovantes afin d’accompagner durablement le financement de l’économie béninoise.
Car, « Il est essentiel de rediriger les financements vers les MPME, très créatrices d’emplois. Leur gap de financement est estimé à plus de 3 000 milliards F Cfa au Bénin, au Sénégal et au Togo », indique Karine Bachongy, représentante résidente du Groupe de la Banque mondiale pour le Bénin.
Au-delà du succès de l’émission, la première cotation des titres du compartiment NSIA Banque Bénin confirme la dynamique de diversification des instruments financiers dans l’UEMOA au profit du secteur privé, estime Jean-Philippe Aithnard, directeur général de la BOAD-Titrisation. Elle permettra de renforcer ses capacités d’octroi de crédits, en particulier en direction des PME, créatrices d’emplois et de richesse, ajoute-t-il.
« La réussite de cette opération, à travers une mobilisation exceptionnelle, est un signal fort (…), la preuve tangible qu’une innovation financière, lorsqu’elle est bien orchestrée, peut devenir un moteur puissant pour les économie africaines », salue Sylvia Monthe, représentante de British International Investment (BII).
Des partenaires internationaux mobilisés
L’opération a bénéficié de l’appui d’importantes institutions de financement du développement. La Société financière internationale (IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale, a notamment investi environ 14 milliards F Cfa dans la tranche senior de l’émission.
Karine Bachongy indique que la participation de l’institution a également permis de mobiliser 38 milliards F Cfa supplémentaires grâce à d’autres investisseurs, notamment : British International Investment (BII), la BOAD et des investisseurs locaux et régionaux. « Cette opération innovante positionne clairement le Bénin comme un acteur innovant, crédible et ambitieux des marchés de capitaux régionaux », déclare-t-elle.
Près de 30 milliards F Cfa seront destinés à des entreprises détenues ou dirigées par des femmes, tandis qu’au moins 10 % des ressources seront orientées vers des projets de finance climatique.
Pour John Marshall, ambassadeur du Royaume-Uni près la Côte d’Ivoire, le Togo et le Bénin, cette opération illustre le rôle croissant des partenariats internationaux dans le développement des marchés financiers africains. « Nous ne nous définissons plus comme un simple donateur, mais comme un investisseur engagé avec une stratégie tournée vers le secteur privé, véritable moteur de croissance, d’emplois et d’innovation», affirme-t-il.
La cérémonie de cotation a été marquée par la remise de plaques commémoratives par la BRVM aux principales institutions ayant contribué à la réussite de l’opération de titrisation.
La titrisation, un levier en expansion dans l’UEMOA
Selon le directeur général de la BRVM, la titrisation constitue un instrument essentiel pour approfondir le marché financier régional. « Elle permet de mobiliser l’épargne, d’optimiser le bilan des banques et de dégager de nouvelles capacités de financement pour le secteur privé », explique Edoh Kossi Amènounvè.
Loin d’une opération marginale, ce mécanisme doit devenir un élément central du financement de nos économies, souhaite-t-il, invoquant la taille du marché mondial de titrisation avec 1 400 milliards de dollars en termes d’émissions annuelles et un encours de 20 000 milliards de dollar.
Depuis 2020, la BRVM a admis à sa cote douze fonds communs de titrisation pour un montant global d’environ 522 milliards F Cfa, signe de la montée en puissance de ce mécanisme dans l’Union.
Lors du commentaire de la feuille de marché, Miguel Simon Tossavi, directeur de l’antenne nationale de la BRVM a rappelé les performances du marché financier régional. La capitalisation boursière globale s’élevait à près de 15 981 milliards F Cfa, tandis que le marché obligataire affichait 11 877 milliards F CFA au 10 mars 2026.
Avec l’introduction des deux nouvelles lignes issues du FCTC NSIA Banque Bénin, le compartiment obligataire compte désormais 189 lignes, illustrant la diversification progressive des instruments financiers disponibles sur le marché.
Anicet Patrick Okoma, DG/NSIA Banque Bénin, saluant le succès de l’opération de titrisation et l’engagement des investisseurs