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A travers la campagne nationale de sensibilisation et de lutte contre l’exercice illégal de la profession comptable, tenue du 23 février au 2 mars dernier, l’Ordre des experts-comptables et comptables agréés du Bénin (Oecca-Bénin) entend assainir l’environnement des affaires et sensibiliser les entreprises aux risques liés au recours à des prestataires non habilités. Dans cet entretien, le président du Conseil de l’Oecca-Bénin, Serge Mensah, revient sur les objectifs, le déroulement et les enseignements de cette initiative.
La Nation : Quel est l’objectif principal de la campagne nationale de sensibilisation contre l’exercice illégal de la profession comptable ?
Serge Mensah : L’objectif fondamental de cette campagne portée par l’Ordre des experts-comptables et comptables agréés du Bénin était d’informer et de sensibiliser les chefs d’entreprises aux risques liés à l’exercice illégal de la profession comptable. Beaucoup d’opérateurs économiques ignorent encore que la comptabilité est une activité réglementée au Bénin. Elle ne peut être exercée que par des professionnels dûment inscrits au tableau de l’Ordre ou des comptables régulièrement recrutés et déclarés et qui sont au service exclusif de leurs employeurs. Nous avons voulu corriger cette asymétrie d’information. Car derrière une mauvaise tenue des comptes se cachent souvent des conséquences graves : redressements fiscaux, sanctions pénales, pertes financières, voire faillites. La campagne s’inscrit donc dans une logique de protection des entreprises, mais aussi de renforcement de la transparence financière.
Pourquoi le phénomène d’exercice illégal de la profession comptable est-il si préoccupant aujourd’hui ?
Il est préoccupant parce qu’il est à la fois répandu et sous-estimé. De nombreuses Pme, Pmi et Mpme font appel à des personnes qui se présentent comme des professionnels comptables alors même qu’elles ne sont pas inscrites au tableau de l’Ordre, ou qui, sous prétexte d’avoir un diplôme en comptabilité, livrent une concurrence déloyale et exercent en toute illégalité. Cela fragilise tout l’écosystème. L’exercice illégal compromet la fiabilité de l’information financière. Or, cette information est essentielle pour la prise de décision, l’accès au financement, la relation avec l’administration fiscale et la crédibilité vis-à-vis des partenaires. En réalité, ce phénomène ne menace pas seulement la profession, il met en péril les entreprises elles-mêmes.
Comment s’est concrètement déroulée cette campagne sur le terrain ?
Nous avons opté pour une approche de proximité. Du 23 février au 2 mars 2026, des équipes composées d’experts-comptables ont sillonné plusieurs villes stratégiques : Cotonou, Porto-Novo, Lokossa, Abomey, Natitingou et Parakou. L’idée était d’aller directement à la rencontre des chefs d’entreprises, d’échanger avec eux sans intermédiaire, de répondre à leurs préoccupations et de déconstruire certains préjugés. Nous avons organisé des séances interactives, en étroite collaboration avec les antennes régionales de la Chambre de commerce. Cette démarche pédagogique a été particulièrement appréciée, car elle a permis un dialogue franc et accessible.
Quel accueil les chefs d’entreprises ont-ils réservé à cette initiative ?
L’accueil a été très positif. Beaucoup de participants ont reconnu qu’ils ne disposaient pas de toutes les informations nécessaires avant notre passage. Certains pensaient, à tort, que tout détenteur d’un diplôme en comptabilité pouvait exercer librement. A l’issue des échanges, ils ont mieux compris l’importance de vérifier l’inscription d’un professionnel au tableau de l’Ordre avant de lui confier leurs comptes. Ils ont également pris conscience de leur propre responsabilité civile et pénale en cas de recours à des prestataires non habilités. Ce changement de perception est déjà un résultat majeur pour nous.
Quels messages clés avez-vous voulu faire passer durant cette tournée ?
Notre message était simple et clair : la comptabilité n’est pas un acte banal. C’est une activité technique, encadrée par la loi, qui exige compétence, rigueur et éthique. Nous avons insisté sur trois points essentiels. D’abord, toute entreprise a l’obligation de tenir une comptabilité régulière. Ensuite, elle doit s’assurer que cette mission est confiée à un professionnel qualifié, soit en interne, soit via un expert-comptable inscrit à l’Ordre. Enfin, nous avons encouragé les entreprises à vérifier systématiquement l’authenticité de leurs prestataires via la plateforme officielle de l’Ordre.
Peut-on déjà dresser un premier bilan de cette campagne ?
Oui, et il est encourageant. Sur le plan qualitatif, nous avons constaté une forte mobilisation des acteurs économiques et un réel intérêt pour les thématiques abordées. Les échanges ont été riches et constructifs. Sur le plan stratégique, cette campagne marque une étape importante dans notre mission de régulation. Elle a permis de renforcer la visibilité de l’Ordre et de rappeler son rôle dans la protection de l’économie. Mais surtout, elle a posé les bases d’un changement durable des comportements. La sensibilisation est un processus continu, et nous comptons capitaliser sur cette dynamique.
Cette campagne s’inscrit-elle dans une stratégie plus large de l’Oecca-Bénin ?
Absolument. Depuis sa création, l’Ordre œuvre pour la crédibilité de l’information financière et l’assainissement de l’environnement des affaires. Cette campagne n’est qu’une étape dans un engagement plus global. Nous allons poursuivre les actions de sensibilisation, renforcer les contrôles et collaborer davantage avec les institutions publiques et privées. L’objectif est de créer un environnement où la conformité devient la norme et où les entreprises évoluent en toute sécurité.
Quel message souhaitez-vous adresser aux chefs d’entreprises qui hésitent encore ?
Je voudrais leur dire que choisir un expert-comptable inscrit à l’Ordre, c’est faire un investissement dans la sécurité et la pérennité de leur entreprise. Ce n’est pas une contrainte, mais une garantie. La bonne information financière est un levier de croissance. Elle permet d’anticiper, de mieux gérer et de prendre des décisions éclairées. A l’inverse, une comptabilité approximative peut coûter très cher. Notre appel est donc un appel à la responsabilité : vérifiez, informez-vous et faites le choix de la conformité. C’est ainsi que nous construirons ensemble un tissu économique plus solide et plus crédible au Bénin.
Serge Mensah, président du Conseil de l’Oecca-Bénin