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Guerre au Moyen-Orient: Les effets bien réels au Bénin

Economie

L’escalade des tensions au Moyen-Orient, marquée par des attaques de missiles et des perturbations des circuits énergétiques mondiaux, commence à produire des effets au Bénin. Entre hausse du prix du carburant avec pression sur le “kpayo”, files d’attente dans les stations-service et renchérissement des produits importés, l’économie nationale subit les contrecoups d’une crise internationale aux multiples ramifications.

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 30 mars 2026 à 09h39 Durée 3 min.
#Guerre au Moyen-Orient

C’est une crise lointaine mais avec des effets bien réels en Afrique. À des milliers de kilomètres du théâtre des affrontements, le Bénin ressent déjà les secousses de la guerre au Moyen-Orient. La perturbation du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour une grande partie du pétrole mondial, alimente une hausse des prix de l’énergie à l’échelle internationale. « Avant, on achetait le kpayo facilement à 500 ou 600 francs. Aujourd’hui, c’est devenu compliqué, on parle de 800, voire 1000 francs. Pour nous qui dépendons de ça pour travailler, c’est un vrai problème », confie Julien Adjagbé, conducteur de taxi-moto à Cotonou. Cette situation crée une incertitude économique globale, qui fragilise davantage les pays africains, déjà confrontés à des contraintes budgétaires et à une forte dépendance aux importations. Le Bénin, comme d’autres économies de la sous-région, se retrouve ainsi exposé à des effets domino difficiles à contenir. L’un des premiers impacts visibles concerne le marché du carburant. Le prix de l’essence frelatée, communément appelée “kpayo”, connaît une hausse sensible ces dernières semaines avec un prix qui tourne autour de 800, voire 1000 F Cfa. Bien que ce carburant provienne essentiellement du Nigéria, son prix reste étroitement lié aux évolutions du marché international. La hausse des coûts d’approvisionnement, combinée à une demande accrue, tire les prix vers le haut. Cette situation traduit un déséquilibre du marché local, où le “kpayo” joue souvent un rôle d’amortisseur face aux tensions sur les circuits officiels. Parallèlement, les stations-service enregistrent une affluence inhabituelle. De longues files d’attente se forment dans plusieurs zones, révélant des tensions sur l’approvisionnement et une ruée des consommateurs soucieux d’anticiper de nouvelles hausses. Cette pression accrue sur les stations reflète à la fois la dépendance du pays aux produits pétroliers importés et la sensibilité du marché aux chocs externes.

Effets en chaîne

Au-delà du carburant, la crise se répercute sur l’ensemble des prix. Le renchérissement des coûts de transport entraîne mécaniquement une hausse des prix des biens et services. Les produits de première nécessité, notamment le riz importé, subissent également cette pression. La hausse des coûts logistiques et des importations contribue à alimenter une inflation généralisée. Pour les ménages, cette situation se traduit par une érosion du pouvoir d’achat, dans un contexte déjà marqué par des tensions économiques. « Même pour faire de petits achats, on est obligé d’augmenter les tarifs. Mais les clients se plaignent aussi parce que tout devient cher. On ne sait plus comment gérer », explique Mireille K., commerçante au marché Gbodjè dans la commune d’Abomey-Calavi.

Les effets de la crise ne se limitent pas aux ménages. Les finances publiques sont également impactées. L’augmentation des coûts d’importation de l’énergie et des produits de base pèse sur les équilibres budgétaires. Dans un environnement international incertain, les marges de manœuvre des États africains se réduisent, compliquant la gestion des politiques économiques et sociales. La guerre au Moyen-Orient soulève également des enjeux sécuritaires et diplomatiques. La présence de ressortissants béninois dans la région impose une vigilance accrue. Face à cette situation, les autorités ont mis en place une cellule de crise chargée de suivre l’évolution des événements et de renforcer l’assistance aux citoyens béninois vivant dans les zones concernées. Cette démarche vise à garantir leur sécurité tout en assurant une coordination efficace en cas de besoin. L’impact de la crise illustre la forte interconnexion des économies mondiales. Une perturbation dans une zone stratégique comme le Moyen-Orient peut rapidement se répercuter sur des pays éloignés, à travers les prix de l’énergie, les flux commerciaux et les chaînes d’approvisionnement. Et c’est le cas aujourd’hui avec la guerre entre l’Iran, les Etats-Unis,  l’Israël et alliés. Au Bénin, cette dépendance se traduit par une sensibilité accrue aux variations des marchés internationaux, notamment en matière de produits pétroliers et alimentaires. Face à cette situation, le défi pour le Bénin consiste à renforcer sa résilience économique. Cela passe notamment par la diversification des sources d’approvisionnement, le développement de solutions énergétiques alternatives et l’amélioration de la production locale. La gestion de cette crise repose sur la capacité à contenir les tensions sur les prix et à préserver le pouvoir d’achat des populations.