La Nation Bénin...
Plusieurs localités du Bénin subissent une canicule impressionnante depuis quelques semaines, et nombreux sont les Béninois qui se plaignent de ces chaleurs trop fortes. Pour avoir des précisions sur la situation, nous nous sommes rapprochés de Didier Kakpa, agro-météorologue et directeur général de Météo Bénin. Il explique dans cette interview que le phénomène n’est pas ponctuel car, il est dû au changement climatique. Le premier responsable de Météo Bénin prodigue quelques conseils aux populations pour se prémunir contre les conséquences de la canicule sur leur santé.
La Nation : Depuis plusieurs semaines, la température enregistrée au Bénin est particulièrement élevée. Quels sont les principaux facteurs qui expliquent ce phénomène ?
Didier Kakpa : C’est vraiment un sujet d’actualité. Depuis quelques semaines, on a constaté une élévation de la température. Et donc, il fait excessivement chaud, ce n'est pas seulement dans le sud du Bénin, même au nord aussi. Cette élévation de la chaleur a plusieurs sources.
La première cause, c'est l'interruption de la pluie. En effet, la population s'inquiète parce que nous sommes en période pluvieuse. Et donc, on ne devrait pas assister à une élévation de la température qui occasionne cette sensation de chaleur. C'est ce contraste qui fait que la population s'inquiète.
En effet, lorsque la pluie démarre, vous constatez des fois qu'elle s'arrête, c'est-à-dire qu'on constate des pauses pluviométriques. Ça fait partie des causes qui occasionnent l'élévation de la température. Ou soit c'est peut-être parce que la pluie a des difficultés à s'installer. Lorsque c’est ainsi, la chaleur s'accumule. Vous constaterez que la plupart du temps, lorsqu'il va pleuvoir, il fait chaud. Alors, s’il ne pleut pas, cela voudra dire que la température ne va pas baisser. Donc, la première cause, c'est le fait que la pluie a démarré, mais nous avions assisté à une interruption de la pluie, qu'on appelle les pauses pluviométriques. Chez nous, on les appelle les séquences sèches.
La météo avait déjà annoncé, vers le début de cette saison, que nous devrions avoir des pauses pluviométriques en début de saison. En ce qui concerne la saison du Sud, ces pauses pluviométriques pourraient être longues. Et c'est exactement ce que nous constatons.
Il y a également les masses d'air qui constituent une des causes d'élévation de la température. La troisième raison, c'est ce qu'on appelle la position de Zone de convergence intertropicale (Zcit). C'est une zone où l'air et l'humidité se rencontrent. En effet, la Zcit est utilisée la plupart du temps pour faire les prévisions. Et donc, lorsque la Zcit est mal positionnée, notamment vers le Nord du pays, cela occasionne la rupture de la pluie. J'avoue que je n'ai pas regardé la position actuelle, mais certainement, la position où se trouve la Zcit n'est pas favorable pour la formation des nuages au Bénin, ce qui fait que la température ne fait qu'augmenter.
Voilà les principales raisons qui sont à la base de cette élévation de température que nous constatons à Cotonou ces derniers temps.
Certaines prévisions recommandent de limiter l’exposition au soleil à certaines heures de la journée. Quels comportements simples les citoyens doivent-ils adopter pour se protéger efficacement ?
A un moment donné, quand vous constatez que la température est très élevée, il ne faut pas trop s'exposer au soleil, compte tenu des effets néfastes du soleil. Il arrive des fois où on va au-delà de 42°C. Lorsque vous vous exposez au soleil à une température de 42°C, ce n'est pas trop bon pour votre organisme.
Pendant cette période, c'est beaucoup plus conseillé de rester sous un arbre. Il faut essayer également d'aérer les chambres, laisser les portes et fenêtres souvent ouvertes le jour pour que l’air puisse entrer dans les chambres. Aussi, il ne faut pas porter des habits lourds. Il faut privilégier les habits légers. S'il fait chaud et vous portez encore la veste, ça veut dire que l'organisme n'est pas aéré, donc il va lui manquer d'oxygène.
En dehors de cela, le conseil que j'ai toujours prodigué à la population, c'est de boire beaucoup d'eau, parce que pendant qu'il fait chaud, vous perdez beaucoup d'eau. Donc, il faut boire beaucoup d'eau ; c'est aussi bon pour l'organisme. C'est bon pour votre cœur.
Le phénomène observé actuellement est-il ponctuel ou bien doit-on y voir une conséquence durable du changement climatique ?
Nous sommes dans un contexte de changement climatique. Et le changement climatique n'est pas ponctuel. A ce titre, les phénomènes météorologiques extrêmes, imprévisibles, peuvent apparaître à tout moment. Donc, ce qui se passe présentement n'est pas ponctuel. C'est à 80 % lié au changement climatique.
C'est vrai, il y a des phénomènes ou des situations exceptionnelles qui ne viennent peut-être qu'une fois dans 20 ans ou une fois dans 30 ans. Par exemple, le 6 mai dernier, nous avons enregistré une quantité importante de pluie à Cotonou, ce qui a occasionné des inondations un peu partout. Ça, c’est un événement exceptionnel. C'est vrai que c'est lié au changement climatique. Mais en faisant les études scientifiques, on s'est rendu compte que nous avions déjà enregistré de pareilles pluies dans les années antérieures, quand bien même, cela fait longtemps, parce que la dernière en date est de 2003. Ça fait plus de 20 ans que nous avions enregistré une telle quantité avec 194,7 millimètres de pluie en seulement trois heures. Ce sont des phénomènes exceptionnels, des situations exceptionnelles, qui peuvent subvenir à tout moment, parce que nous sommes dans un contexte de changement climatique.
Quel dispositif Météo Bénin met-il en place pour mieux informer et sensibiliser les populations face aux épisodes de forte chaleur et aux rayonnements UV extrêmes ?
On dit souvent, quand vous n'avez pas de problème, vous ne cherchez pas de solution. C'est le cas en Afrique où on ne s'intéresse pas trop à la météo, parce que nous n'avons pas des phénomènes météorologiques extrêmement réguliers.
Depuis quelques années, nous avons essayé de corriger le dispositif de communication parce que étant dans un contexte de changement climatique, ce que la population des pays tempérés vit, on peut aussi commencer par vivre cela désormais. J’ai donné l’exemple du 6 mai dernier, où nous avons enregistré une pluie inattendue, et cela a créé beaucoup de dégâts. Cela a bloqué d'abord la circulation, l'eau est rentrée dans des maisons, etc. Météo Bénin avait déjà prévu qu’il y aurait pluie ce jour-là. A 4h du matin nous avions émis une alerte pour informer l'opinion publique qu'il devait y avoir pluie.
Lorsque vous entendez cela, ça vous permet de prendre les dispositions. Dans ces conditions, soit vous prenez vos dispositions avant de quitter la maison, ou carrément vous attendez que la pluie finisse avant d'aller au boulot.
Donc, depuis quelques années, nous avons essayé de renforcer le dispositif communicationnel de telle sorte que même la population qui est analphabète puisse être informée des bulletins météo, des informations météo, des alertes météo que nous émettons.
Nous avons des points focaux au niveau des mairies qui sont formés à cet effet. Une fois que nous émettons nos alertes, ils font le relais dans les langues locales pour permettre à la population de comprendre ce que nous mettons dans nos bulletins. Nous avons également essayé de renforcer nos canaux de diffusion. On a désormais un site web. Et d'ailleurs, si vous allez sur Google maintenant, la météo que Google annonce vient de Météo Bénin. Ce qui n’était pas le cas par le passé. Nous avons créé beaucoup de plateformes WhatsApp où nous avons essayé de cibler les producteurs, les entreprises de Btp... Donc, pour chaque couche sociale, nous avons créé un groupe et nous envoyons les informations relativement au secteur d'activité.
Nous avons par exemple le secteur de la pêche artisanale, le secteur maritime, où on fait les bulletins de pêche. Les pêcheurs, par exemple, ont leurs plateformes et nous leur envoyons les informations. Je pense que c'est déjà un pas pour permettre à la météo d'atteindre la cible. Une chose est de produire ces informations, mais l'autre chose est de les diffuser et d'atteindre les utilisateurs. Nous avons aussi notre plateforme Facebook et ce qui est intéressant, c'est que ces plateformes sont actualisées à chaque fois qu'il y a un événement météorologique extrême. Au quotidien, les bulletins sont envoyés parce que nous avons des bulletins que nous élaborons, qui renseignent sur le temps : est-ce qu'il devrait pleuvoir ? Est-ce qu'il devrait y avoir du vent violent? Pour ce qui concerne les pêcheurs, est-ce que la vague sera importante? Tout cela leur permet de planifier leur activité. Et s'il faut aller pêcher ou pas, il y a des conseils qui sont donnés. Nous élaborons également des bulletins météorologiques saisonniers. Ce qui aide le producteur dans la maîtrise de la saison. On essaie de donner des avis et des conseils par rapport au démarrage de la saison. J'ai parlé tout à l'heure des pauses pluviométriques qui occasionnent la chaleur. Ces pauses pertubent sérieusement le calendrier agricole. Vous dites aux producteurs que la saison a démarré, mais une fois qu'elle a démarré, elle va s'estomper et ce qu'ils ont mis en terre est à reprendre.
Donc, ces prévisions leur permettent de choisir les variétés adéquates en tenant compte des données que nous mettons à leur disposition. On leur dit également à la fin de la saison, la quantité d'eau qu'on devrait enregistrer et ils font une planification adéquate en tenant compte de ces informations.
Didier Kakpa donne des explications sur la canicule de ces derniers temps