La Nation Bénin...

Ebola en Rdc: La course contre le virus se joue tant sur le terrain qu'en laboratoire

International
Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'Oms Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'Oms

Malgré une mobilisation internationale croissante et l'annonce de nouveaux programmes de recherche vaccinale, l'épidémie d'Ebola provoquée par la souche Bundibugyo continue de progresser dans l'est de la République démocratique du Congo (Rdc) et en Ouganda. Pour l'Organisation mondiale de la santé (Oms), la maîtrise de la crise dépend désormais autant de la confiance des populations que des avancées scientifiques.

 

Par   Catherine Fiankan-Bokonga, Correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse), le 04 juin 2026 à 15h32 Durée 3 min.
#ebola

De retour de la République démocratique du Congo le 2 juin, le directeur général de l'Oms, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a dressé un constat nuancé de la situation. S'il s'est dit encouragé par « le niveau d'engagement » observé auprès des autorités, des soignants, des leaders communautaires et religieux ainsi que des partenaires internationaux, il a également reconnu que l'épidémie avait pris une avance considérable sur les capacités de réponse.

À ce jour, 344 cas confirmés ont été recensés en Rdc, dont 60 décès, répartis dans 24 zones de santé couvrant les provinces de l'Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. En Ouganda voisin, 15 cas confirmés et un décès ont été enregistrés. Parmi eux figure un ressortissant congolais qui a voyagé entre les Émirats arabes unis et l'Ouganda avant d'être diagnostiqué. L'Oms travaille avec les autorités sanitaires des deux pays afin de retracer les contacts et d'évaluer les risques de transmission. L'organisation maintient son évaluation du risque : « très élevé » au niveau national en Rdc, « élevé » au niveau régional et « faible » à l'échelle mondiale.

Une réponse qui tente de rattraper l'épidémie

L'un des signes encourageants mis en avant par le chef de l'Oms est la réduction drastique du nombre de cas suspects. Celui-ci est passé de plus de mille à 116 en une semaine grâce à l'accélération des analyses et à la résorption des retards diagnostiques. Dans la ville de Bunia, épicentre de l'épidémie, trois centres de traitement totalisant 80 lits sont désormais opérationnels. D'autres unités ont été ouvertes à Mongbwalu, Rwampara, Beni, Goma et Bukavu. Six patients ont déjà guéri en Rdc et deux en Ouganda, preuve que l'accès rapide aux soins améliore considérablement les chances de survie.

Les obstacles restent nombreux

Le premier concerne les capacités de diagnostic. Les délais de confirmation ralentissent encore les interventions sanitaires. L'Oms s'efforce de décentraliser les laboratoires dans plusieurs localités prioritaires, notamment à Mongbwalu, Beni, Aru, Nyakunde et Tchomia.

La surveillance des contacts constitue un autre point faible. Seuls 45 % des contacts identifiés font actuellement l'objet d'un suivi, alors que les experts estiment qu'un taux supérieur à 90 % est nécessaire pour interrompre efficacement les chaînes de transmission. L'insécurité chronique dans l'est du pays, les déplacements de populations et la forte mobilité des habitants compliquent considérablement ce travail.

Au-delà des contraintes logistiques, le Dr Tedros a insisté sur un défi plus profond: la méfiance d'une partie de la population envers les autorités sanitaires. « Certains responsables communautaires m'ont dit qu'ils ne croyaient pas à l'existence d'Ebola », a-t-il rapporté. Cette défiance rappelle les difficultés rencontrées lors des précédentes flambées épidémiques dans la région. Pour l'Oms, la confiance des populations est aujourd'hui un facteur aussi déterminant que les infrastructures médicales. Les communautés locales craignent que les moyens consacrés à Ebola se fassent au détriment d'autres urgences sanitaires comme le paludisme, la malnutrition, les infections respiratoires ou encore le Vih. «Si les habitants de l'Ituri survivent à Ebola pour mourir ensuite du paludisme ou de la malnutrition, nous n'aurons pas réellement répondu à leurs besoins », a averti le responsable de l'Oms.

Une course contre la montre pour développer un vaccin

La particularité de cette flambée réside dans l'absence de vaccin homologué ou de traitement spécifique contre le virus Bundibugyo, une souche rare du virus Ebola. Face à cette situation, la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (Cepi) a annoncé un investissement pouvant atteindre 53 millions d'euros afin d'accélérer le développement de trois candidats vaccins. Les programmes soutenus concernent l'International Aids Vaccine Initiative (Iavi), la société américaine Moderna et l'Université d'Oxford, en partenariat avec le Serum Institute of India. L'objectif est de faire progresser rapidement ces candidats vers les essais cliniques. Chacun repose sur une technologie différente : la plateforme virale rVsv utilisée pour le vaccin contre Ebola Zaïre, la technologie à Arn messager développée pendant la pandémie de Covid-19 et la plateforme ChAdOx1 popularisée par le vaccin Oxford-AstraZeneca. Pour le Dr Tedros, cette initiative illustre la nécessité d'une collaboration mondiale face aux menaces sanitaires émergentes.

Préparer l'après-crise

Malgré l'urgence, l'Oms refuse de réduire la crise à une simple question biomédicale. Forte de l'expérience acquise lors de 16 précédentes épidémies d'Ebola, la Rdc dispose selon l'organisation des compétences nécessaires pour venir à bout de cette nouvelle flambée.

La véritable question, estime désormais le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, n'est pas de savoir si l'épidémie sera maîtrisée, mais à quelle vitesse et dans quelles conditions.

L'enjeu dépasse largement la réponse immédiate. Il s'agit aussi de renforcer durablement les systèmes de santé afin d'éviter une 18e, puis une 19e épidémie. Une ambition qui résonne particulièrement dans une région où les crises sanitaires, humanitaires et sécuritaires s'entremêlent depuis des décennies, rappelant que la prévention des futures pandémies commence souvent bien avant l'apparition du prochain virus.