La Nation Bénin...
Alors que
les routes continuent de faire plus d’un million de victimes chaque année, les
Nations Unies veulent accélérer la riposte face à l’une des grandes crises
sanitaires silencieuses du XXIᵉ siècle. Réunis les 20 et 21 juillet à New York
à l’initiative du Président de l’Assemblée générale de l’ONU et de
l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), dirigeants, ministres, experts,
représentants de la société civile et du secteur privé se mobilisent pour un
objectif commun : accélérer la mise en œuvre des engagements visant à réduire
de moitié les décès et les blessures graves sur les routes d’ici à 2030. Cette
réunion de haut niveau s’inscrit dans le cadre de la Décennie d’action des
Nations Unies pour la sécurité routière 2021-2030, qui appelle à transformer
les engagements politiques en actions concrètes pour sauver des vies.
En amont
de la réunion sur la sécurité routière, les États membres ont adopté, à l'issue
de négociations intergouvernementales, une Déclaration de progrès destinée à renouveler les engagements
politiques et à accélérer les actions concrètes. Celle-ci s'inscrit dans la
continuité de la Déclaration politique
de la Réunion de haut niveau des Nations Unies sur la sécurité routière,
adoptée par l'Assemblée générale en juin 2022, ainsi que de la Quatrième Conférence ministérielle mondiale
sur la sécurité routière, organisée à Marrakech en février 2025.
Le
processus préparatoire a également associé les différentes parties prenantes,
avec notamment une audition multipartite organisée le 12 mai 2026 afin de
recueillir les contributions des acteurs engagés sur le terrain.
Ce
nouveau rendez-vous international intervient à un moment charnière. Car malgré
certains progrès enregistrés ces dernières années, la route demeure l'un des
espaces les plus meurtriers au monde. En 2025, environ 1,16 million de personnes ont perdu la vie dans un accident de la
circulation. Des dizaines de millions d'autres ont été blessées, souvent avec
des séquelles irréversibles.
Pourtant,
un signal encourageant apparaît : malgré l'ajout de plus d'un milliard de
véhicules sur les routes de la planète en quinze ans, le nombre de décès a
reculé de 21 % entre 2011 et 2025,
selon les nouvelles données publiées par l'OMS.
Ce
paradoxe illustre à lui seul le défi auquel sont confrontés les États : alors
que la mobilité explose sous l'effet de l'urbanisation, de la multiplication
des motos, des plateformes de livraison et des nouveaux modes de déplacement,
il est possible de sauver des vies, à condition que la sécurité devienne une
priorité politique.
« Tous les décès sur la route sont évitables et aucun n'est acceptable », a rappelé le Directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, saluant une déclaration qui place enfin « les personnes avant les véhicules » dans la conception des politiques de transport.
Une tragédie qui frappe les plus vulnérables
Derrière les statistiques se cache une réalité profondément inégalitaire. Plus de 92 % des décès surviennent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, alors que ceux-ci ne possèdent qu'environ 60 % du parc automobile mondial. L'Afrique demeure la région la plus durement touchée, avec une augmentation de 17 % de la mortalité routière au cours de la dernière décennie, tandis que l'Europe a enregistré une baisse de 36 %.
Les victimes sont également loin d'être réparties au hasard. Les accidents de la circulation constituent aujourd'hui la première cause de décès des enfants et des jeunes âgés de 5 à 29 ans. Près des deux tiers des personnes tuées sont en âge de travailler, faisant de l'insécurité routière non seulement une crise sanitaire, mais également un frein majeur au développement économique.
Les hommes restent trois fois plus exposés que les femmes, tandis que les usagers dits « vulnérables » — piétons, cyclistes et motocyclistes — représentent désormais plus de la moitié des décès enregistrés dans le monde.
Cette évolution traduit la transformation rapide des systèmes de mobilité. Entre 2011 et 2025, le nombre de motocyclettes a plus que triplé sous l'effet de l'essor des services de livraison et des plateformes numériques. Les motocyclistes représentent désormais près d'un tiers des victimes de la route.
Le coût caché d'une pandémie silencieuse
Au-delà
des drames humains, les accidents de la route pèsent lourdement sur les
économies nationales. L'OMS estime qu'ils coûtent près de 3 % du produit intérieur brut de la
plupart des pays, en raison des dépenses médicales, des pertes de productivité
et des conséquences sociales pour les familles contraintes d'abandonner
temporairement travail ou études afin de s'occuper des victimes.
Dans les
pays les plus pauvres, ces pertes économiques alimentent un cercle vicieux où
la précarité réduit les investissements dans des infrastructures sûres,
augmentant encore les risques d'accidents.
Changer de philosophie : le système sûr
Face à ce
constat, l'OMS et les Nations Unies défendent désormais une approche
radicalement différente : le « Safe
system », ou système sûr.
Son
principe est simple mais révolutionnaire : accepter que l'erreur humaine est
inévitable et concevoir des infrastructures capables d'empêcher qu'elle ne se
transforme en condamnation à mort.
Cette
approche repose sur plusieurs piliers : des routes mieux aménagées, des
vitesses adaptées, des véhicules plus sûrs, des comportements responsables et
des secours capables d'intervenir dans les toutes premières minutes suivant un
accident.
Les
chiffres montrent l'efficacité de ces mesures. Une augmentation moyenne de
seulement 1% de la vitesse
accroît de 4 % le risque d'accident mortel. Un piéton percuté à 65 km/h court
un risque de décès plus de quatre fois supérieur à celui d'une collision à 50
km/h. À l'inverse, le port correct d'un casque réduit de plus de six fois le
risque de mourir lors d'un accident de moto, tandis que la ceinture de sécurité
diminue jusqu'à 50 % le risque de décès des occupants d'un véhicule.
Téléphones, alcool et infrastructures défaillantes
Les
progrès technologiques ont créé de nouveaux dangers. L'utilisation du téléphone
portable au volant multiplie par quatre le risque d'accident. Les dispositifs
mains libres ne suppriment pas ce danger : ils réduisent les temps de réaction
et altèrent l'attention portée à la circulation.
L'alcool
et les drogues demeurent également des facteurs majeurs de mortalité. Même de
faibles concentrations d'alcool dans le sang augmentent significativement le
risque d'accident, tandis que certaines drogues, comme les amphétamines,
peuvent multiplier par cinq le risque de collision mortelle.
À ces
comportements individuels s'ajoutent des défaillances structurelles : routes
mal conçues, absence de trottoirs ou de pistes cyclables, véhicules ne
répondant pas aux normes internationales de sécurité, ou encore insuffisance
des secours d'urgence. Dans de nombreux pays, quelques minutes de retard dans
la prise en charge médicale peuvent faire la différence entre la vie et la
mort.
Un enjeu de développement durable
Pour les
Nations Unies, la sécurité routière ne relève plus uniquement de la politique
des transports. Elle constitue désormais un levier majeur de santé publique, de
justice sociale, de lutte contre le changement climatique et de développement
durable.
Des
villes plus sûres favorisent la marche, le vélo et les transports publics,
réduisent la pollution atmosphérique, limitent les émissions de gaz à effet de
serre et améliorent la qualité de vie.
Le Plan
mondial pour la Décennie d'action pour la sécurité routière 2021-2030 invite
les gouvernements à abandonner définitivement le « business as usual ». Il
recommande de faire de la sécurité un principe fondateur de toutes les
politiques de mobilité, depuis la conception des infrastructures jusqu'au
financement des transports.
Les États
se sont engagés à élaborer des stratégies nationales dotées d'objectifs
mesurables, de calendriers précis et de financements identifiés. Les nouvelles
orientations prévoient également un renforcement des agences nationales de
sécurité routière, une amélioration de la collecte des données, une législation
plus stricte et un contrôle accru de son application.
Un combat encore loin d'être gagné
Les
progrès réalisés démontrent que les politiques publiques fonctionnent lorsque
les gouvernements investissent durablement dans des infrastructures sûres,
imposent des normes exigeantes aux constructeurs automobiles et appliquent
effectivement les règles de circulation.
Mais
l'objectif fixé pour 2030 demeure ambitieux. Au rythme actuel, des millions de
vies pourraient encore être perdues au cours des prochaines années.
Pour
l'OMS, le véritable changement sera culturel autant que technique. Il s'agit de
considérer la sécurité routière non plus comme une conséquence du
développement, mais comme une condition préalable à celui-ci. Car derrière
chaque statistique se cache une vie interrompue, une famille bouleversée et une
perte qui, dans l'immense majorité des cas, aurait pu être évitée.
Sécurité routière