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Gilles Arsène Aïzan, psychologue : « L’entourage joue un rôle important dans la dépression »

Santé
Par   Joel TOKPONOU, le 16 févr. 2022 à 12h14
C’est l’un des troubles psychologiques les plus fréquents mais souvent insidieux dont souffrent indifféremment hommes et femmes dans diverses proportions. Dans cet entretien, le psychologue Gilles Arsène Aïzan lève un coin de voile sur la  dépression encore appelée trouble dépressif. Que comprendre par la dépression ? La dépression ou trouble dépressif est une maladie psychique fréquente qui, par ses troubles de l’humeur, perturbe fortement la vie quotidienne. Elle se caractérise par une humeur morose, par exemple le sentiment de tristesse, d’irritabilité, de vide ou une perte de plaisir ou d’intérêt pour les activités, pendant la majeure partie de la journée, presque tous les jours, pendant au moins deux semaines. Plusieurs autres symptômes peuvent également être présents. Nous avons entre autres les difficultés de concentration, le sentiment de culpabilité excessive ou la dévalorisation de soi, sentiment de désespoir face à l’avenir, pensées de mort ou de suicide, sommeil perturbé, changements d’appétit ou de poids, et sentiment de grande fatigue ou de manque d’énergie. Dans certains contextes culturels, certaines personnes peuvent exprimer plus facilement leurs changements d’humeur sous la forme de symptômes corporels. Par exemple la douleur, la fatigue, l’asthénie. Pourtant, ces symptômes physiques ne sont pas dus à un autre problème de santé. En fait, la dépression peut avoir une forme culturelle dans sa présentation, comme c’est le cas en Afrique au sud du Sahara où la dépression prend une forme somatique. Autrement dit, il y a des plaintes au niveau du corps. Il est donc fréquent que quelqu’un qui fait une dépression dans cette région comme au Bénin va développer une toux, des maux de tête, des douleurs articulaires sans que les bilans médicaux n’indiquent des dysfonctionnements organiques. Comme on le dit chez nous, les médecins ont fait toutes les analyses mais ils n’ont rien vu. Que ressent réellement la personne qui vit la dépression ? Pendant un épisode dépressif, la personne touchée éprouve des difficultés importantes dans son fonctionnement personnel, familial, social, éducatif, professionnel et/ou dans d’autres domaines importants. Un épisode dépressif peut être classé comme léger, modéré ou sévère en fonction du nombre et de la gravité des symptômes, ainsi que de l’impact sur le fonctionnement de l’individu. Vous parlez de troubles de l’humeur. Pourquoi cette terminologie ? Il existe différents schémas pathologiques des troubles de l’humeur. Nous avons le trouble dépressif à épisode unique. Là, la personne vit son premier et seul épisode. Nous avons aussi le trouble dépressif récurrent. Pour ce cas, la personne a déjà vécu au moins deux épisodes dépressifs. Enfin, nous avons le trouble bipolaire qui est marqué par l’alternance d’épisodes dépressifs et de périodes de symptômes maniaques, qui comprennent l’euphorie ou l’irritabilité, une activité ou une énergie accrue, et d’autres symptômes comme une loquacité accrue, des pensées rapides, une plus grande estime de soi, un moindre besoin de sommeil, une distractibilité et un comportement impulsif et téméraire. On observe aussi des épisodes de dépression réactionnelle qui est une forme de dépression causée par un événement marquant ou une pression psychique excessive. Ce peut être consécutif à un deuil, un accident, un problème professionnel… ou même parfois des événements pouvant paraître dérisoires. Les personnes en dépression réactionnelle sont sujettes aux pleurs intempestifs, à des troubles du sommeil et présentent les symptômes d’une dépression classique: tristesse, pertes d’intérêt et de motivation, repli sur soi, ralentissement psychique et moteur, modifications de comportement. La dépression réactionnelle est généralement traitée par des antidépresseurs, complétés par une prise en charge psychothérapeutique. Mais il y a certaines femmes qui connaissent des dépressions après l’accouchement. Qu’en est-il ? C ’est la dépression pos t - partum . C ’ est une dépression qui survient après l ’ accouchement. Elle est aussi appelée dépression postnatale et peut se manifester à tout moment pendant l’année suivant la naissance du bébé. La dépression post-partum est plus grave que le baby blues et nécessite des soins. Elle se caractérise par une tristesse profonde et durable, un désintérêt quasi total pour les activités du quotidien, l’insomnie, l’irritabilité et l’anxiété. Il y a aussi une fatigue permanente ainsi que des troubles de l’interaction entre la mère et l’enfant. Alors, comment traiter une dépression, quelle que soit sa forme ? Il n’est pas aisé de le dire globalement. Car chaque épisode dépressif se traite suivant les symptômes et le contexte. On ne traitera pas celui qui subit une dépression après la perte d’un emploi de la même manière qu’une autre personne qui la vit après un accouchement. Mais dans tous les cas, il est souvent utilisé une association de traitements médicamenteux pour le volet médical et la psychothérapie pour le côté psychologique. Ce qui permet  au patient de sortir de la dépression. Que doit faire l’environnement pour aider le dépressif ? L’entourage joue un rôle important dans la dépression d’une personne. Déjà, il nous faut davantage faire attention à nos proches. C’est toujours mieux d’éviter les conflits, les préjugés et autres jugements précoces sur les autres. C’est utile de chercher à les comprendre. Au moment où survient la dépression, c’est encore l’entourage qui doit constater que quelque chose ne va pas chez le  dépressif et le faire consulter. Puis dans le traitement, l’affection de l’entourage est nécessaire. La dépression étant un trouble de l’humeur, elle n’est pas très perceptible par les autres à travers sa forme et son expression. Sur le plan culturel, au sud du Bénin, la pudeur de l’existence fait que celui qui souffre d’une dépression aussi fait l’effort de ne pas laisser transparaître son état, ses difficultés, surtout pour les hommes. Il a besoin d’écoute et d’accompagnement pour un ajustement psychique approprié.