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Réduction de la mortalité infantile: La césarienne comme une solution

Santé
Par   Eric TCHOGBO, le 12 sept. 2017 à 06h33

 La césarienne est une intervention chirurgicale pratiquée lorsque l’accouchement par voie basse n’est pas possible ou qu’il risque de mettre en danger la santé de l’enfant ou celle de la future maman. Pourtant, beaucoup estiment qu’elle est une mesure de facilité ou d’incompétence de la part des sages-femmes depuis qu’elle est rendue gratuite par l’Etat béninois le 1er avril 2009.

Bien que la césarienne contribue à réduire de façon significative la mortalité maternelle et infantile, elle est diversement appréciée par les populations. Chez les uns, elle est considérée comme une mesure de facilité car ne demandant pas beaucoup d’efforts aux sages-femmes avant la délivrance du nouveau-né. Par contre, d’autres comme Laurence Monteiro, sage-femme à la retraite, pensent que l’accouchement par césarienne est une nécessité.
A première vue, explique-t-elle, la césarienne peut être considérée comme un acte facile lorsqu’on considère qu’elle ne demande pas beaucoup d’efforts à la sage-femme. Elle peut-être aussi la voie la plus courte pour des sages-femmes peu ou pas qualifiées. La multiplicité des cas de césarienne depuis une vingtaine d’années, dit
Laurence Monteiro, peut s’expliquer, en partie, par les progrès de la médecine chirurgicale et anesthésique, une augmentation du nombre des grossesses à risque et une meilleure prise en compte de la souffrance fœtale grâce au monitoring.
Selon la responsable de la clinique Sainte Perpétue de Bohicon, la mesure de gratuité est relative à plusieurs aspects et ne peut contribuer à l’augmentation du taux de césariennes pratiquées au Bénin. La gratuité dont il s’agit prend en compte l’hospitalisation de la patiente durant cinq jours, la transfusion sanguine, l’administration des médicaments, l’acte opératoire et les kits. Qu’elle soit programmée ou imprévue, la césarienne est un acte chirurgical maîtrisé, décidé afin d’éviter un accouchement difficile. Le vœu le plus cher de toute femme en état de grossesse est d’accoucher naturellement et par voie basse, indique-t-elle. Mais il faut reconnaître que « Même bien suivie, une grossesse peut réserver des surprises jusqu’au dernier moment », ajoute-t-elle. Si le rythme cardiaque du bébé présente une anomalie sévère, il est alors nécessaire de terminer l’accouchement rapidement, donc de pratiquer une césarienne.

La césarienne comme une nécessité

Selon Laurence Monteiro, la césarienne consiste à faire naître le bébé par « voie haute» en pratiquant une incision sur le bas du ventre, au niveau de l’utérus. Elle peut être prévue durant la grossesse ou décidée au milieu de l’accouchement. En cas de césarienne programmée, la date de l’accouchement est fixée en général douze à quinze jours avant terme. Elle peut aussi être décidée au cours du travail après une tentative d’accouchement par voie basse.
La multiplication des cas de césarienne est due au fait qu’on ne veut plus faire prendre de risque aux enfants. Car, il faut donner des enfants sains. Quand il y a une souffrance fœtale, il est recommandé de faire vite pour que le bébé sorte. Lors de l’accouchement, la césarienne est indiquée s’il y a un obstacle au passage de l’enfant par « voie basse », lorsqu’il faut interrompre la grossesse avant terme ou lorsque la vie du bébé est menacée. La césarienne est beaucoup plus conseillée lors que l’accouchement par voie basse est impossible ou pour des raisons de sécurité pour l’enfant ou la mère.
Il y a obstacle lorsqu’il y a disproportion entre le bassin et la taille de l’enfant ou si les dimensions du bassin de la mère sont insuffisantes, ou si l’enfant présente un volume trop important. Si le bébé se présente en mauvaise position ou dans le cas d’un enfant prématuré qui souffrirait d’un accouchement par les voies naturelles, on peut procéder à la césarienne comme si le col reste insuffisamment dilaté malgré l’augmentation des contractions et l’emploi de médicaments dilatateurs.
La césarienne, a poursuivi Laurence Monteiro, est aussi conseillée pour des raisons de sécurité pour l’enfant ou la mère. Il s’agit ici des cas où la grossesse doit être interrompue avant terme. Il existe aussi des cas d’hémorragie maternelle, de souffrance fœtale trop importante ou lors de grossesse multiple. Si la mère, trop fatiguée ou présentant des affections cardiovasculaires importantes, n’est plus à même de mener l’accouchement à son terme, et si la poursuite du travail représente un danger pour la vie de l’enfant.

Risques liés à la césarienne

« Les complications infectieuses sont trois fois plus fréquentes que lors d’un accouchement naturel », soutient-elle. Des risques d’hémorragies tardives bien qu’exceptionnels peuvent apparaître. Le recours à la césarienne peut handicaper les premiers stades émotionnels de la relation entre la mère et l’enfant. Enfin, bien que très faible, le taux de mortalité des femmes pendant l’accouchement avec césarienne serait de quatre à cinq fois plus important lors d’un accouchement par les voies naturelles. Ainsi, il convient de limiter l’utilisation d’une telle opération à des accouchements pathologiques. La césarienne est une opération chirurgicale qui présente de risques. Il y a par exemple un risque de lésion des organes voisins de l’utérus. Après l’intervention, la femme peut être gênée par des douleurs, comme pour toute opération chirurgicale.
La césarienne permet à la mère d’être en très bonne forme pour l’arrivée du bébé, car elle aura moins fait d’efforts qu’au cours d’un accouchement par voie basse. La cicatrisation dure de 6 mois à 1 an et il est conseillé à la mère d’attendre un temps avant d’avoir un autre enfant.
Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance(Unicef), l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Fonds des Nations Unies pour la population(Unfpa) indiquent une limite maximale de 15 % du taux de césarienne. Au-delà de ce chiffre, le recours à la césarienne est jugé comme abusif et aurait un impact plus négatif que positif, si l’on considère les risques de cette opération.