La Nation Bénin...
Des rues inondées, des caniveaux qui débordent, une humidité permanente dans les maisons, avec des risques d’affections et d’infections… La saison actuelle est marquée par des pluies plus fréquentes, plus intenses et moins prévisibles. Et ceci pourrait favoriser une hausse de certaines maladies. Quelles sont les affections qui guettent les populations, comment s’en prémunir ? Des éléments de réponse dans cette interview avec le Docteur Belgas Adoho, médecin des centres de santé universitaires du Cous-AC.
La Nation : Quelles maladies guettent enfants et adultes pendant cette période de pluies?
Docteur Belgas Adoho : Le paludisme, en tête de liste. Les eaux stagnantes qui se forment après chaque pluie (dans les caniveaux bouchés, les pneus usagés, les bidons, les gouttières ou les flaques autour des maisons) deviennent des gîtes de reproduction pour les moustiques. Le paludisme reste, au Bénin, la première cause de consultation en cette période, touchant aussi bien les enfants que les adultes, avec un risque plus élevé chez les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes. Ensuite, les maladies respiratoires. L'humidité, les changements brusques de température et la poussière soulevée par le vent avant la pluie favorisent la grippe, les rhinites (nez qui coule), les sinusites, les bronchites, les infections pulmonaires et les crises d'allergie rhino-sinusienne. Chez les enfants et les personnes déjà fragiles, ces épisodes peuvent rapidement s'aggraver si l'on ne réagit pas à temps.
Il y a aussi les maladies liées au péril fécal. Quand les eaux de pluie se mélangent aux eaux usées et aux ordures - une réalité fréquente dans plusieurs quartiers (bas-fonds, zones proches des lagunes et des caniveaux) - l'eau et les aliments peuvent être contaminés. Cela expose à des diarrhées, vomissements, et, dans les zones les plus touchées par les inondations, à un risque accru de choléra.
C’est sans occulter les affections de la peau. Le fait d'avoir les pieds ou les vêtements humides pendant de longues heures favorise les mycoses (champignons), les irritations et les plaies qui s'infectent plus facilement, surtout chez les enfants qui jouent dans l'eau stagnante ou marchent pieds nus.
Bien sûr, cette période pluvieuse est également favorable aux otites et surinfections Orl. Un simple écoulement nasal négligé chez l'enfant peut évoluer vers une otite ou une sinusite surinfectée, avec de la fièvre et des douleurs, si aucun geste d'hygiène n'est fait dès les premiers symptômes.
Enfin, l’on peut évoquer les accidents liés aux inondations. Il ne faut pas non plus oublier les risques d'accidents : chutes et glissades sur sols mouillés, noyades dans les caniveaux en crue pour les jeunes enfants, blessures sur des débris cachés par l'eau, et risque d'électrocution en cas de câbles électriques en contact avec l'eau stagnante.
Quelles sont les précautions à prendre pour éviter ces maladies ?
L'assainissement de notre cadre de vie nous concerne tous, en premier lieu. S’agissant du paludisme, voici les gestes essentiels : dormir chaque fois et pas que la nuit sous une moustiquaire imprégnée à longue durée d'action (Milda), enfants comme adultes ; installer des grillages ou moustiquaires aux portes et fenêtres ; éliminer toutes les eaux stagnantes autour de la maison : pneus, bidons, boîtes de conserve, flaques dans la cour ; couvrir hermétiquement les réserves d'eau (bidons, fûts, canaris) ; vérifier que les caniveaux autour de la maison ne sont pas bouchés, pour que l'eau s'évacue correctement ; porter des vêtements couvrants (manches longues, pantalons) en fin de journée, période d'activité des moustiques.
Contre les maladies respiratoires, voici quelques recommandations: bien aérer les pièces dès qu'une éclaircie le permet, même quelques minutes, pour renouveler l'air et limiter l'humidité.
Nettoyer régulièrement brasseurs, ventilateurs et climatiseurs, qui accumulent la poussière et parfois les moisissures ; se protéger de la pluie avec un imperméable ou un parapluie, et changer rapidement les vêtements mouillés ; porter un pull ou se couvrir d'une couverture en cas de fraîcheur, notamment le soir; dès les premiers écoulements nasaux chez l'enfant, faire un lavage du nez au sérum physiologique plusieurs fois par jour : ce geste simple évite bien des surinfections et des frais de santé supplémentaires.
Pour éviter les maladies diarrhéiques et le péril fécal, il faut instaurer le lavage des mains au savon chez toute la famille, en particulier chez les enfants : avant les repas, avant de dormir et après le passage aux toilettes; boire de l'eau propre ; en cas de doute sur la qualité de l'eau, la faire bouillir ou utiliser des produits de traitement de l'eau (chlore, Aquatabs) ; éviter les aliments exposés à la poussière, aux mouches ou vendus à même le sol pendant cette période; toujours utiliser des latrines adaptées et veiller à ce qu'elles ne soient pas envahies par les eaux de ruissellement ; ranger les ordures loin des zones où l'eau de pluie s'écoule, à l'intérieur comme à l'extérieur de la maison.
Y a-t-il d’autres précautions à prendre pour protéger la famille en cette période délicate ?
De façon générale, il faudra éviter de marcher pieds nus dans l'eau stagnante ; toujours porter des chaussures et privilégier des chaussures fermées ou des bottes selon le cas ; se protéger les extrémités (chaussettes, éventuellement des gants pour les enfants qui manipulent des objets dans l'eau) ; puis sécher soigneusement les pieds et les mains après tout contact avec l'eau de pluie. En cas de fièvre, de toux persistante, d'écoulement nasal coloré ou épais, de difficultés respiratoires, de vomissements répétés ou de selles fréquentes, il faut consulter un agent de santé ou se rendre au centre de santé le plus proche sans délai. Ces signes ne doivent jamais être banalisés, en particulier chez le jeune enfant.
Il est tout aussi important d’avoir un anti allergique à portée de main en cas d’éternuement et prendre l’avis d’un agent de santé sur la posologie adaptée.
Quelles sont les mesures particulières à prendre pour les enfants allergiques, asthmatiques ou souffrant de sinusite ?
Ces enfants sont plus sensibles aux variations climatiques de cette période et méritent une vigilance renforcée de la part des parents. Par conséquent, il importe de ne jamais interrompre le traitement de fond : les enfants asthmatiques ou allergiques suivis par un médecin doivent continuer leur traitement habituel pendant la saison des pluies, même en l'absence de crise, et avoir toujours à portée de main leur traitement de secours (bronchodilatateur) en cas de besoin ; surveiller l'humidité et les moisissures : aérer la chambre de l'enfant dès que possible, surveiller l'apparition de taches d'humidité ou de moisissures sur les murs et les traiter rapidement, car elles aggravent l'asthme et les allergies ; limiter les nids à poussière et acariens : laver régulièrement la literie, limiter les tapis, peluches et rideaux épais dans la chambre de l'enfant pendant cette période ; faire du lavage nasal un geste préventif: pour les enfants sujets aux sinusites, le lavage du nez au sérum physiologique peut être fait de façon régulière, même en dehors des périodes de crise, pour dégager les fosses nasales; éviter les écarts brusques de température : ne pas régler la climatisation trop froide par rapport à l'extérieur, et éviter les passages brusques de la chaleur au froid, qui peuvent déclencher une crise ; connaître les signes d'alerte : essoufflement inhabituel, respiration sifflante, tirage (creux visible entre les côtes à chaque respiration), difficulté à parler ou à s'alimenter: ce sont des signes de gravité qui imposent une consultation en urgence ; garder un contact avec le pédiatre ou le médecin traitant; éviter toute automédication : chez un enfant déjà sous traitement chronique, ne jamais ajouter ou arrêter un médicament sans avis médical, même face à un simple rhume.
Ces mesures individuelles s'appliquent à tous, quels que soient nos antécédents médicaux. Mais chez l'enfant allergique, asthmatique ou sinusitique, la vigilance doit être encore plus grande, car une négligence peut rapidement transformer une simple gêne en urgence respiratoire.
En résumé : l'assainissement de notre cadre de vie et quelques gestes simples et réguliers restent la meilleure protection contre les maladies de la saison des pluies. Le premier responsable de la propreté de notre environnement, c'est nous-mêmes.
Docteur Belgas Adoho