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Marché carbone: Comment l’outil fonctionne

Environnement
Les marchés du carbone sont présentés comme un moyen pour orienter des capitaux vers des projets climatiques Les marchés du carbone sont présentés comme un moyen pour orienter des capitaux vers des projets climatiques

Face à l’urgence climatique et au manque de financements pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, les marchés du carbone apparaissent comme un nouvel outil économique au service de la transition écologique. Ils permettent aux acteurs en présence d’échanger des crédits correspondant à des réductions ou absorptions de carbone. Mais derrière ce marché se cachent des enjeux complexes dont la fiabilité des crédits et les risques d’écoblanchiment.

Par   Ariel GBAGUIDI, le 18 juin 2026 à 07h38 Durée 2 min.
#transition écologique

Le carbone est devenu une forme de monnaie dans la lutte contre le changement climatique. À travers ses marchés, des gouvernements, des entreprises et parfois des particuliers ont la possibilité d’acheter et de vendre des crédits d’émission représentant une quantité donnée de gaz à effet de serre.

Concrètement, un crédit carbone correspond généralement à une tonne de dioxyde de carbone (Co2) qui n’a pas été émise ou qui a été absorbée grâce à un projet spécifique. Selon la plateforme Climate Promise du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), «les crédits d’émission de carbone sont générés par des activités qui réduisent ou absorbent les émissions de carbone dans l’atmosphère. Ces activités peuvent être la protection des forêts, la restauration des zones humides, le passage des combustibles fossiles aux énergies renouvelables, le captage du méthane émis par les décharges ou l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments et de l’industrie ».

Ainsi, explique la plateforme, «les crédits d’émission de carbone sont générés par des activités qui réduisent ou absorbent les émissions de carbone dans l’atmosphère ». Une fois ces crédits vérifiés selon des règles précises, ils peuvent être échangés sur des marchés où des acteurs cherchent à compenser une partie de leurs émissions.

Le principe du marché carbone repose sur une idée simple. Faire payer le coût environnemental des émissions afin d’encourager les acteurs économiques à adopter des pratiques moins polluantes. Dans un contexte où l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C est de plus en plus difficile à atteindre, ces mécanismes cherchent à mobiliser davantage de ressources financières. Le Pnud rappelle que les politiques actuelles pourraient conduire à une hausse de la température mondiale pouvant atteindre 3,1 °C d’ici la fin du siècle.

La transition énergétique nécessite pourtant des investissements massifs. D’après les données du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) rapportées par le Pnud, les financements actuels restent largement insuffisants par rapport aux besoins estimés pour 2030. Les marchés du carbone sont présentés comme un moyen de combler une partie de ce déficit en orientant des capitaux vers des projets climatiques.

« En fixant un prix pour le carbone et en récompensant les efforts visant à réduire ou à absorber les émissions, ces marchés peuvent contribuer à lever les milliards nécessaires pour bâtir des économies à faibles émissions de carbone », souligne la plateforme du Pnud.

Deux types de marché carbone

Les marchés du carbone fonctionnent selon deux grandes catégories : les marchés réglementés et ceux volontaires, indique le Pnud.

Le premier modèle, celui des marchés réglementés, est mis en place par les États ou par des accords internationaux. Dans ce système, les autorités fixent généralement un plafond d’émissions autorisées pour certains secteurs. Les entreprises qui dépassent leurs limites doivent acheter des quotas supplémentaires, tandis que celles qui réduisent davantage leurs émissions peuvent vendre leurs excédents.

Le second modèle est celui des marchés volontaires. Ici, les entreprises ou les particuliers achètent des crédits carbone sans y être obligés par une réglementation. Ils cherchent plutôt à atteindre des engagements climatiques qu’ils se sont fixés volontairement.

Ces marchés financent souvent des projets de reboisement, de conservation des forêts ou d’énergie propre, avec parfois des bénéfices directs pour les communautés locales.

En dehors de la réduction des émissions, les marchés du carbone peuvent devenir une source de financement pour les pays vulnérables face aux effets du changement climatique. Les forêts tropicales, par exemple, jouent un rôle majeur dans la régulation du climat. Le Pnud indique qu’une part importante des forêts intactes est gérée par des peuples autochtones, qui contribuent à leur protection mais rencontrent souvent des difficultés pour accéder aux financements climatiques.

Des marchés bien organisés pourraient permettre de mieux rémunérer ces efforts de conservation et favoriser un partage plus équitable des bénéfices. Plusieurs pays expérimentent déjà ces mécanismes. La Chine, le Brésil, la Nouvelle-Zélande ou encore la Corée du Sud ont développé des systèmes d’échange de droits d’émission adaptés à leurs réalités nationales.

Qualité des crédits, le grand défi

Si les marchés du carbone suscitent beaucoup d’espoir, ils font également face à d’importantes critiques. Le premier défi, relevé par le Pnud, concerne la qualité des crédits. Un crédit carbone n’a de valeur climatique que s’il correspond à une réduction réelle, mesurable et durable des émissions. Or, certains crédits ont été accusés de financer des projets dont les bénéfices environnementaux sont insuffisants. « Les crédits ne sont pas toujours synonymes de réductions ou d’absorptions d’émissions réelles, supplémentaires ou durables », alerte le Pnud. Des crédits de mauvaise qualité peuvent fragiliser tout le système en donnant aux entreprises la possibilité de revendiquer des progrès climatiques qui ne correspondent pas à la réalité.

Un autre problème majeur est le double comptage. Il apparaît lorsqu’une même réduction d’émission est revendiquée à la fois par le pays où le projet est réalisé et par l’entreprise qui achète le crédit.

A en croire le Pnud, cette situation peut fausser les bilans climatiques mondiaux et donner une image exagérée des efforts réalisés. À cela s’ajoute le risque d’écoblanchiment, ou « greenwashing ». Certaines entreprises peuvent utiliser l’achat de crédits carbone comme un argument marketing pour se présenter comme respectueuses de l’environnement tout en poursuivant des activités fortement émettrices. Pour éviter ces dérives, les experts insistent sur la nécessité de normes strictes, de systèmes de vérification indépendants et d’une plus grande transparence.

Avec les nouvelles règles issues de l’Accord de Paris, notamment celles liées à l’article 6, les pays cherchent à renforcer la crédibilité des échanges internationaux de crédits carbone.

Le Pnud accompagne plusieurs États dans la mise en place de marchés du carbone plus fiables à travers des cadres juridiques, des outils de suivi et des garanties environnementales et sociales. L’objectif est de faire du carbone un véritable levier de transformation économique plutôt qu’un simple mécanisme de compensation. À condition d’être encadrés par des règles solides, les marchés du carbone pourraient devenir un outil important pour accélérer la transition écologique, financer des projets durables et soutenir les communautés qui contribuent directement à la protection de la planète.